3 mai 2021
Alzheimer raconté aux petits-enfants

Comment, en tant que parent, expliquer la maladie d’Alzheimer qui touche son propre père ou sa propre mère à son enfant, peu importe son âge ? Tous les parents confrontés à cette situation se sont posé ces questions. Nous les avons soumises à trois psychologues : Caroline Grout, Judith Mollard-Palacios et Johanna Rozenberg.

Avec des enfants jusqu’au CP

Dire la maladie à un jeune enfant, jusqu’à ses 6 ans, n’est pas indispensable. « De mes observations cliniques, jusqu’à cet âge-là, les enfants sont très à l’aise avec des personnes âgées qui perdent leurs outils cognitifs », explique Judith Mollard-Palacios. « L’enfant petit, jusqu’au CP, est spontané, curieux, empathique », ajoute Caroline Grout. « …Il va poser des questions mais il ne faut pas nécessairement anticiper. » « Avec des enfants de cet âge, on peut proposer des activités comme des dessins, des jeux de ballon… », enchaîne Johanna Rozenberg.

Du CP à l’adolescence

La situation change à partir du moment où l’enfant atteint l’âge du CP. « C’est l’entrée dans l’âge des acquisitions. L’enfant est curieux intellectuellement et il cherche à contrôler les choses. C’est peut-être à ce moment qu’il est utile d’accompagner l’enfant, de le préparer », note Caroline Grout. « On peut utiliser des supports, comme des livres, des films, pour dire les choses, pour dire la maladie, les conséquences… Il faut utiliser des mots simples. Parfois, c’est la personne malade qui souhaitera aborder la question. On peut l’accompagner, elle aussi. Mais c’est en tout cas nécessaire d’en parler. »

De l’adolescence à l’âge adulte

S’il est important d’expliquer la situation à un adolescent, les choses peuvent se compliquer. « Là aussi, il faut dire les choses simplement. Certains ados voudront prendre une place, jouer un rôle. D’autres pas. Ce n’est pas forcément du désintérêt. » « L’adolescent peut se sentir très fragile par rapport à l’apparition de la maladie », insiste Caroline Grout. « Il peut perdre un repère identitaire. Et puis, l’ado réfléchit à ses traits héréditaires, à son héritage. Ce qu’il garde ou pas. Or, Alzheimer peut faire peur. Si l’ado était moins en lien avec son grand-parent malade, il pourrait aussi faire mine de s’en désintéresser. »

Mais même à l’adolescence, il est encore possible de créer du lien. « J’ai travaillé sur des projets intergénérationnels avec des personnes malades et des ados », se souvient Caroline Grout. « Nous avons demandé à des personnes âgées de raconter leur adolescence… Les chagrins d’amour, les interdits, ce sont les mêmes. L’ado est friand de ces parallèles-là parce que cela crée des passerelles. »

Les parents gagnent à dire les choses

Dire les choses, et impliquer ses enfants dans des activités, peu importe leur âge, peut aussi être bénéfique pour les parents eux-mêmes. « Les parents, c’est la génération pivot », note Caroline Grout. « Ils ont des obligations d’aidant. Ils sont dans le devoir, moins dans l’envie. Ils ont plus de mal à se libérer. L’enfant, l’adolescent peut leur permettre d’avoir des moments de plaisir, de répit. Le petit-enfant qui crée une complicité avec le grand-parent, ça fait du bien, ça amène de la légèreté, ça restaure aussi de l’image du parent malade. À condition de laisser de la liberté à l’enfant. »

« L’enfant, l’adolescent peut être un véritable soutien », renchérit Judith Mollard-Palacios. « Les parents veulent protéger leurs enfants et c’est bien normal. Or, leurs enfants ont très à coeur de s’impliquer. Ils pourraient même regretter que leurs parents ne les aient pas plus sollicités. Ils peuvent avoir une véritable place à occuper, et il faut les laisser prendre cette place. »