L’utilité d’un gériatre au coeur des urgences

Une récente étude, publiée en 2024 par le Dr Élodie Reynier, montre que la présence d’un gériatre au sein du service des urgences hospitalières est bénéfique pour les patients de plus de 75 ans.

La présence d’un gériatre au sein de services d’urgences hospitalières est peu fréquente en France. La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en a fait plusieurs fois le constat.

Dans son étude intitulée Urgences hospitalières en 2023 : quelles organisations pour la prise en charge des patients ? publiée en juillet 2024, la Drees relève que la présence d’un gériatre aux urgences est rare. « Il n’y en a quasiment jamais dans les points d’accueil recevant 80 patients ou moins par 24 heures, et 13 % des points d’accueil ayant reçu plus de 120 patients en comptent au moins un. Lorsqu’ils sont présents aux urgences, les gériatres le sont quasi exclusivement en journée en semaine. En revanche, 54 % des points d’accueil peuvent recourir à une équipe mobile gériatrique à défaut d’un gériatre aux urgences, et 76 % indiquent pouvoir faire appel à un gériatre de l’établissement en cas de besoin. »

Pourtant, la présence d’un gériatre au service des urgences serait très utile. C’est la conclusion de la thèse menée par le Dr Élodie Meynier.

Elle a réalisé une étude au Centre hospitalier de Martigues (Bouches-du-Rhône), sur deux séries de 200 patients âgés de 75 ans et plus admis au Service d’accueil aux urgences (SAU), et sur deux périodes distinctes : avant et après la mise en place d’une équipe de coordination gériatrique d’urgence (ECGU) en avril 2021, soit en 2019 et en 2022. Cette équipe ECGU est composée d’un médecin gériatre, de trois infirmières gériatriques d’urgences, d’une assistante sociale et d’une secrétaire.

Il ressort notamment de cette étude comparative une diminution de 37 % d’hospitalisation lors du premier passage aux urgences. Le Dr Élodie Meynier relève également que « le taux d’inadéquation entre le service où le patient est hospitalisé et celui où il aurait dû aller selon son diagnostic » est passé de 29,24 % en 2019 à 13,88 % en 2022, ce qui signifie une baisse d’inadéquation de 52,5 %. Autre élément remarquable : une diminution significative de 65,5 % des réadmissions aux urgences à un mois. L’intervention du service social est, en outre, plus importante, passant de 19 % en 2019 à 47 % en 2022.

« La présence d’un médecin gériatre, au sein des urgences, a un réel impact dans le parcours de soins du patient âgé de plus de 75 ans », analyse Élodie Reynier dans sa conclusion. « Ses connaissances sur les spécificités présentées par ces patients permettent de diminuer les hospitalisations, les réadmissions aux urgences et de mieux orienter le patient. Un parallèle avec la prise en charge pédiatrique peut être fait tant sur le plan médical que sur le plan social et psychologique. La question d’ouvrir des urgences spécifiques réservées aux personnes âgées dans le système de santé français peut se poser et semblerait pertinente, avec un réel intérêt, dans l’activité de soins proposée aux patients ainsi que dans l’aspect économique hospitalier. »

À généraliser, selon la SFGG

L’étude du Dr Élodie Reynier a été présentée lors du dernier congrès de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), qui s’est tenu du 25 au 27 novembre 2024, à Paris. Lors de cet événement, la SFGG a rappelé que, selon elle, le modèle traditionnel de soins en urgence, principalement orienté vers une évaluation diagnostique rapide, n’était pas adapté aux besoins spécifiques des personnes âgées. S’appuyant sur les résultats positifs observés notamment au centre hospitalier de Martigues, la société savante a estimé qu’il était «impératif de généraliser la présence de gériatres aux urgences à l’échelle nationale».

Améliorer la prise en charge aux urgences

Partant des constats des familles, l’association France Alzheimer et maladies apparentées a souhaité sensibiliser le personnel travaillant dans les urgences. Objectif : améliorer l’accueil et la prise en charge des personnes malades et des aidants. Pour ce faire, l’association a constitué un groupe de travail. Un dépliant et un film impactant sont issus de leur réflexion. Le dispositif a été expérimenté dans cinq centres hospitaliers. Il peut maintenant être déployé sur tout le territoire.

L’association France Alzheimer et maladies apparentées se nourrit beaucoup des remontées de terrain pour mener son action. Parmi les problématiques souvent évoquées par les familles : la prise en charge aux urgences à l’hôpital.

À ces témoignages, s’ajoutent des études chiffrées, dont celle réalisée en 2023 par les équipes de l’AP-HP, de l’Inserm et de Sorbonne Université, coordonnées par le Pr Yonathan Freund et le Dr Mélanie Roussel (UFR santé de Rouen, Université de Rouen Normandie). Il en ressort que passer une nuit sur un brancard aux urgences augmente de près de 40 % le risque de mortalité hospitalière chez les personnes âgées, surtout si l’autonomie de ces personnes est limitée. Cette étude souligne ainsi l’importance d’un accueil adapté pour cette population vulnérable.

Ce qu’en disent les premiers concernés

Un groupe de travail a été créé courant 2023 à l’initiative de France Alzheimer. Il a regroupé des personnes malades, des aidants, des bénévoles d’associations départementales, ainsi que des professionnels de santé travaillant avec ou dans des services d’urgences. Objectif central : aider les personnels des services d’urgences au repérage et à l’accompagnement des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée.

« Nous avons opté pour une complémentarité des regards dans le but de trouver des réponses les plus optimales possibles », souligne Anne Baccouche, chargée de projets à l’Union France Alzheimer et maladies apparentées, qui a piloté le projet Urgences, été présenté lors des 18e Rencontres France Alzheimer, en décembre dernier.

« J’ai été un jour hospitalisée en urgence et mon époux n’a pas pu rentrer, ce qui a été très anxiogène pour moi », se souvient Sylvie Andrez, personne malade originaire du Territoire de Belfort. « Il y avait beaucoup de personnes qui gravitaient autour de moi et qui me posaient plein de questions. Je l’ai très mal vécu. Il y a eu des erreurs. On m’a par exemple dit que je pouvais sortir des urgences et je me suis retrouvée seule, dehors, à 2 heures du matin. Je pense que c’est important que cela change. »

C’est pourquoi Sylvie Andrez a rejoint le groupe de travail. « Selon moi, le personnel n’est pas sensibilisé pour accueillir et prendre en charge les malades d’Alzheimer. Accepter l’aidant au sein du service pourrait permettre d’éviter l’angoisse, l’agitation, le stress. Cela serait même bénéfique pour tout le monde : les personnes malades, les aidants et les professionnels de santé eux-mêmes. »

Marie-France Denis, elle, est aidante de son mari. « Il y a 4 ans, Gérard a fait une perte de connaissance et je n’ai pas pu le réveiller pendant 30 secondes », se rappelle cette Parisienne. « On a appelé le 15 et une ambulance est venue. Elle a mis une bonne trentaine de minutes avant d’arriver. J’ai pris toutes les précautions en signalant que mon mari était malade d’Alzheimer. Je suis allée à l’hôpital en voiture et je me suis présentée aux urgences, mais on m’a dit que je ne pouvais pas entrer, et que l’on m’appellerait quand les deux examens seraient terminés. En fin de journée, on m’a rappelée et on a accepté que je rentre pour être avec lui. Ma présence a permis de le calmer. »

Le lendemain, le mari de Marie-France a de nouveau perdu connaissance. Aux urgences, le médecin lui a refusé l’entrée. « Gérard a passé la nuit à me téléphoner toutes les dix minutes. Il disait qu’il n’aimait pas du tout cet hôtel, qu’il ne voulait pas y rester. Il n’était pas bien. J’ai aussi compris le lendemain que mon mari avait été attaché et qu’il avait été sédaté. Il a fallu un mois pour qu’il s’en remette. Je ne veux pas stigmatiser les urgences. Ils font ce qu’ils peuvent. Mais cela serait intéressant de les sensibiliser. »

Lilia Fernandez Billaud, médecin coordonnateur de l’équipe mobile gériatrique de hôpital Dupuytren (Draveil, Essonne), a également participé au groupe de travail. « J’ai la chance de travailler avec deux services d’urgences qui, depuis longtemps, ont pris le parti de laisser entrer les aidants », glisse la doctoresse. « Et le retour que je peux vous faire, c’est que ce sont des pratiques vertueuses, qu’il faut généraliser. Le problème que les urgences rencontrent encore maintenant, c’est quand une personne malade vient seule aux urgences. »

Sur la base de ces constats et de ces témoignages, les membres du groupe de travail du projet Urgences ont participé à la réalisation de deux outils visant à sensibiliser les personnels des services d’urgences à l’hôpital : un dépliant et une vidéo.

Cinq services d’urgences ont accepté de participer à une expérimentation et ils ont reçu ces outils réalisés courant 2024. Il s’agit des centres hospitaliers de la Côte basque (Pyrénées- Atlantiques), de Millau (Aveyron), de la Haute- Saône, de Perpignan (Pyrénées-Orientales) et de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). « Les deux-tiers des professionnels ayant répondu au questionnaire ont déjà déclaré qu’ils rencontraient des obstacles dans la prise en soins de personnes présentant une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée », souligne Anne Baccouche.

Parmi les difficultés rencontrées, les personnes sondées évoquent l’évaluation difficile du degré de conscience et de douleur, le refus de soins, l’arrivée d’une personne malade seule ou pour qui la personne ressource n’est pas identifiée, l’absence d’une politique d’accueil claire et uniforme des aidants, le manque de formation, des questionnements éthiques relatives au consentement, le manque de temps…

« Nous comprenons les difficultés que connaissent les professionnels de santé des services d’urgence, et nous savons que cela ne doit pas être facile pour eux face à certains profils de patient pour qui le passage aux urgences peut être traumatisant », soutient Anne Baccouche. « Les personnes malades peuvent se sentir perdues. Et plus elles se sentent perdues, plus elles vont être inquiètes, angoissées. Elles pourraient être dans le refus de soin. L’aidant peut justement être un partenaire fiable pour les personnels des urgences. Il peut leur faciliter la tâche. Il peut représenter un gain de temps et d’énergie. »

De la prise de conscience à l’action

Professeur de médecine d’urgence, Éric Wiel a été chef du service des urgences au CHU de Lille de 2014 à 2020. « Nous avions 330 entrées par jour aux urgences et le proche aidant pouvait accompagner la personne qui était prise en charge, du début à la fin du parcours. Il pouvait entrer dans la zone de soins. Nous avons mis ce système en place et nous avons constaté que cela nous a, effectivement, permis de gagner beaucoup de temps. Parfois, les patients pouvaient aussi passer directement à l’UHCS, l’unité d’hospitalisation de courte durée, où il y avait un médecin. Nous nous sommes attelés à ce qu’il y ait des lits, et non pas des brancards, à ce qu’il n’y ait pas de néons comme aux urgences mais un puits de lumière… Plein de solutions existent pour améliorer l’accueil. »

L’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), qui compte une trentaine de sites à Paris et en Île-de-France, s’est également emparée de la question de l’accueil des accompagnants aux urgences. « Ce que nous constatons entre nos différents hôpitaux, ce sont des situations très hétérogènes », assure le Pr Étienne Gayat, directeur général adjoint de l’AP-HP. « Cela peut paraître un handicap, mais c’est en réalité une richesse puisque les médecins urgentistes parlent entre eux. Ils peuvent donc échanger les recettes les plus vertueuses pour essayer de les généraliser. »

« Nous avons également travaillé à l’élaboration d’une charte des accompagnants des patients arrivant aux urgences », ajoute le Pr Étienne Gayat. « Nous voulons favoriser leur présence, avec des règles liées aux contraintes du soin et de l’afflux de personnes. Nous voulons faire mieux, en collaboration avec les représentants des usagers. Cette culture doit se généraliser. »

Les chartes seront ensuite transformées, déclinées sur le terrain, selon les hôpitaux, en protocoles concrets.

Généralisation de la démarche

Les professionnels de santé ayant participé à l’expérimentation, et qui ont répondu au questionnaire, estiment que les deux outils sont utiles. « L’intérêt de notre démarche et de l’étendre à l’ensemble des services d’urgences a également été reconnu par la grande majorité des professionnels interrogés », ajoute Anne Baccouche. « Et c’est exactement ce que nous allons faire. À partir de ce mois de janvier 2025, les associations départementales de l’association France Alzheimer et maladies apparentées peuvent se rapprocher des différents centres hospitaliers de leur département afin de leur présenter la démarche et de leur proposer de bénéficier des outils qui sont maintenant à leur disposition. »

Le Leqembi validé par la Commission européenne

Après de multiples rebondissements, la Commission européenne autorise le Leqembi pour le traitement de la maladie d’Alzheimer en Europe.

Le 15 avril 2025 restera une date importante dans l’histoire des traitements contre la maladie d’Alzheimer en Europe. Après l’approbation de l’Agence européenne du médicament, la Commission européenne vient de donner son feu vert à la mise sur le marché d’un nouveau médicament spécifiquement dirigé contre la maladie d’Alzheimer, le Leqembi (lecanemab), ce qui n’était plus arrivé depuis le 15 mai 2002. Ce traitement avait déjà été validé dans d’autres pays comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, Hong-Kong, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, Israël ou encore le Mexique.

Développé par le laboratoire Eisai, le Leqembi est un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine bêta-amyloïde. Il vise à nettoyer le cerveau de l’accumulation de plaques bêta-amyloïdes qui accélèrent le déclin cognitif. Il s’est avéré, lors du test clinique, que le traitement avait permis un ralentissement du déclin cognitif de 27% au bout de 18 mois.

Ce traitement s’adresse aux personnes vivant avec une maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Certaines ne peuvent toutefois pas y accéder, comme celles présentant deux copies du gène APOE4. Ce choix s’explique par l’augmentation du risque de développer des effets secondaires qui peuvent être délétères, comme des microhémorragies cérébrales. Ces recommandations sont légitimes et partagées par les sociétés savantes françaises, notamment la Fédération des Centres Mémoire (FCM). D’autres pays, comme le Royaume-Uni, ont d’ailleurs pris les mêmes précautions.

Quelles sont les prochaines étapes en France ?

Le laboratoire Eisai a déposé un dossier pour lancer une procédure d’autorisation temporaire d’utilisation auprès de la Haute Autorité de Santé (HAS). C’est dorénavant à cet organisme de se positionner pour que les patients français éligibles puissent avoir accès à cette innovation thérapeutique. La HAS se penche déjà sur la question puisqu’elle a sollicité plusieurs acteurs, dont France Alzheimer, pour contribuer à l’évaluation du Leqembi.

Il est cependant important de garder à l’esprit les limitations intrinsèques à l’arrivée de ce nouveau traitement. Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer est aujourd’hui largement sous-évalué, à cause d’un arsenal thérapeutique faible, d’outils de diagnostic encore trop peu accessibles et d’une mauvaise connaissance du grand public vis-à-vis de cette pathologie.

« La décision de la Commission européenne doit maintenant pousser les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre pour favoriser un diagnostic précoce », souligne le président de France Alzheimer et maladies apparentées, Joël Jaouen. « Plus la maladie est détectée tôt, meilleure sera la prise en charge. Et nous ne devons pas non plus oublier les personnes malades à un stade plus avancé, pour qui des solutions doivent également être trouvées ou consolidées dans le cas des interventions non médicamenteuses, indispensables dans le parcours de soins. »

Fidèle à sa mission principale, et puisqu’il n’existe toujours aucun traitement curatif, France Alzheimer et maladies apparentées continuera d’accompagner les personnes vivant avec une maladie d’Alzheimer au quotidien et leurs aidants, quel que soit le stade de la maladie, grâce à son réseau de 101 associations départementales et à l’engagement de ses 2200 bénévoles.

France Alzheimer renforce son partenariat avec l’Unccas

La convention entre l’association France Alzheimer et maladies apparentées et l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) a été reconduite en 2024.

Depuis 2012, l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) et l’association France Alzheimer et maladies apparentées collaborent pour améliorer la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et soutenir leurs aidants. Cette convention de partenariat a été renouvelée dans le courant de l’année 2024. Elle peut servir de base à des accords locaux entre un CCAS (ou Udcass) et une association départementale de France Alzheimer.

La nouvelle convention vise à renforcer la dynamique entre les deux organismes. Elle s’appuie ainsi sur plusieurs axes stratégiques de coopération qui seront déployés, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale ou départementale, grâce aux réseaux des deux structures.

Il s’agit notamment de rapprocher un peu plus les deux réseaux, de mettre en place des formations dédiées aux aidants familiaux, aux élus, ainsi qu’aux professionnels intervenant sur le terrain, comme les aides à domicile. Il s’agit également de développer des axes de communication communs et d’initier des actions concertées, afin de proposer un accompagnement plus efficace des personnes malades et de leurs familles.

En matière de coopération avec les CCAS, des associations départementales ont déjà enclenché la vitesse supérieure depuis la mise en place de la dynamique de société inclusive, il y a quelques années déjà, par l’association France Alzheimer et maladies apparentées. Cette dynamique a notamment permis de sensibiliser des collectivités à la maladie et de signer des chartes d’engagements réciproques. À ce jour, 645 villes et villages ont paraphé le document, ainsi que neuf communautés de communes, 30 conseils départementaux ou encore 22 clubs sportifs.

Depuis la reconduction du partenariat, trois conférences en ligne ont été organisées par les deux organismes afin de sensibiliser les CCAS et les associations départementales à la nouvelle convention. Plus de 400 personnes issues de ces deux réseaux y ont participé.

 

L’apprentissage d’une langue étrangère : un rempart contre Alzheimer

L’apprentissage d’une langue étrangère, même à un âge avancé, présente de nombreux avantages. De récentes études suggèrent que cela pourrait jouer un rôle significatif dans la prévention de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées.

D’après de nombreuses études, l’apprentissage d’une langue étrangère, qui stimule plusieurs régions du cerveau dont celles impliquées dans la mémoire, serait un excellent rempart contre les maladies neuro-évolutives. Il permettrait même de retarder de plusieurs années le développement des symptômes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Plusieurs études évoquent quatre à cinq années. Une méta-analyse de 2018 publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease a également révélé que le bilinguisme réduirait le risque de développer la maladie d’Alzheimer de 20 à 50 %.

Réserve cognitive et plasticité neuronale

Ces résultats positifs s’expliquent par le concept de réserve cognitive, un mécanisme par lequel le cerveau utilise des réseaux neuronaux alternatifs pour compenser les éventuels dommages. Les processus cognitifs mobilisés par l’apprentissage d’une langue étrangère entraînent une neuroplasticité accrue, c’est-à-dire la capacité du cerveau à former de nouvelles connexions synaptiques.

Des recherches menées par l’Université d’Édimbourg ont montré que les individus qui parlent deux langues ou plus possèdent une densité de matière grise plus élevée dans certaines régions cérébrales, notamment l’hippocampe, qui est crucial pour la mémoire. L’augmentation de la matière grise est associée à une meilleure performance cognitive et à une plus grande résistance aux
maladies neurodégénératives.

Ces divers résultats sont corroborés par des études de neuro-imagerie. Elles montrent des niveaux plus élevés d’activité cérébrale chez les personnes bilingues, même lorsqu’elles ne sont pas en train d’utiliser leur deuxième langue.

Outre la protection contre la maladie d’Alzheimer, l’apprentissage d’une langue étrangère offre d’autres avantages cognitifs et sociaux. Des études ont montré que les personnes bilingues ont une meilleure capacité à s’adapter à de nouvelles situations et à résoudre des problèmes complexes, ce qui peut être bénéfique dans de nombreux aspects de la vie quotidienne.

L’apprentissage d’une nouvelle langue permet également de maintenir un réseau social actif et diversifié, ce qui est un autre facteur clé dans la réduction des risques de déclin cognitif. Plusieurs études ont effectivement mis en avant que le lien social était un facteur protecteur contre les maladies neuro-évolutives. Participer à des cours de langue, à des groupes de conversation ou encore à des voyages linguistiques offrent ainsi des opportunités de socialisation, qui sont donc essentielles pour maintenir une bonne santé cognitive.

À tout âge

Et comme c’est le cas pour l’activité physique, il n’est jamais trop tard pour commencer à apprendre une nouvelle langue. Encourager cette pratique, même à un âge avancé, peut avoir des effets bénéfiques significatifs sur la santé cognitive des personnes.

Des méthodes adaptées peuvent rendre cet apprentissage accessible et agréable pour toutes les personnes âgées, même si elles ont des problèmes de mobilité. Si des applications existent, les cours en présentiel sont peut-être préférables parce qu’ils permettent de lutter contre l’isolement et de favoriser le lien social.

Refus de mise sur le marché européen du Kisunla, en attendant l’appel

L’association France Alzheimer et maladies apparentées prend acte de la décision de l’EMA de ne pas autoriser le Kisunla™ (donanemab) sur le territoire de l’Union européenne. Le laboratoire Eli Lilly a déjà fait appel de cette décision.

Le vendredi 28 mars, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a refusé la commercialisation du Kisunla™ (donanemab) sur le territoire de l’Union européenne. Développé par le laboratoire Eli Lilly, le Kisunla™ est un anticorps monoclonal conçu pour cibler et éliminer les plaques de protéine bêta-amyloïde dans le cerveau, qui sont associées à la progression de la maladie d’Alzheimer. En réduisant ces dépôts, ce traitement vise à ralentir le déclin cognitif des patients atteints d’une forme précoce de la maladie.

Quels sont les effets du Kisunla™ ?

Bien qu’il ne soit pas une solution miracle contre la maladie d’Alzheimer, le Kisunla™ a montré, lors de ses essais cliniques, un ralentissement d’environ 22% du déclin cognitif et une réduction de 28% des problèmes rencontrés dans l’exécution des tâches quotidiennes en 18 mois. Cela a ainsi permis d’améliorer sensiblement la qualité de vie de la personne vivant avec la maladie, mais également de ses proches.

Le traitement n’est toutefois pas exempt de risques puisqu’il peut être responsable d’ARIA, des microhémorragies cérébrales observables à l’IRM, pouvant entrainer des complications telles que l’arrêt du traitement, ou dans de très rares cas, des pertes définitives des capacités cognitives, voire le décès du patient.

Pour lutter contre ces ARIA, un protocole a été mis en place. Il permet de surveiller l’apparition de ces microhémorragies avant le développement d’une complication. Ce type de surveillance est également mis en place pour le Leqembi® (lecanemab) qui présente des effets secondaires similaires, et qui a reçu une autorisation de mise sur le marché en novembre 2024.

Quelles sont les raisons de ce refus ?

Dans son communiqué de presse, l’EMA précise que la balance bénéfice/risque n’est pas assez positive pour justifier la commercialisation du Kisunla™. Selon l’Agence, l’apparition d’ARIA est trop importante (24.7% des personnes ayant reçu le Kisunla™ contre 14.9% chez les personnes ayant reçu le placebo), même si la plupart d’entre eux ne déclenchent aucun symptôme.

Le laboratoire Eli Lilly a déjà fait appel de cette décision. Il souhaite apporter des preuves scientifiques supplémentaires concernant l’intérêt de son traitement. L’une d’entre elles, l’étude Trailblazer-6, qui n’a pas pu être prise en compte dans l’examen de l’EMA, précise qu’une modification du protocole d’administration du Kisunla™ permettrait de réduire l’apparition d’ARIA de manière significative tout en préservant les effets sur le déclin cognitif.

Notre position

L’association France Alzheimer et maladies apparentées, qui entend les réserves du Comité d’évaluation de l’EMA en ce qui concerne la sécurité des patients, rappelle néanmoins que ces innovations thérapeutiques apportent de l’espoir aux familles et doivent être rendus accessibles aux patients éligibles, sous réserve d’un suivi et d’un contrôle régulier. Tout comme Alzheimer Europe, France Alzheimer espère que des résultats complémentaires fourniront les preuves scientifiques attendues pour que l’EMA reconsidère sa position actuelle quant au donanemab, déjà approuvé en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Japon ou encore en Chine.

France Alzheimer rappelle également qu’il est essentiel pour toutes les parties prenantes de rester mobilisées quant à cet enjeu majeur de santé publique, afin de consolider par ailleurs le parcours de soins et de vie des personnes malades et de leurs aidants. Il est, enfin, essentiel de continuer à soutenir la recherche, pour des innovations répondant à tous les stades de la maladie d’Alzheimer ou d’autres pathologies apparentées.

Les 20 ans (des articles 11 et 13) de la loi Handicap

Les célébrations des 20 ans de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées vont se multiplier tout au long de la semaine. Si ce texte a permis des avancées incontestables, France Alzheimer déplore que la suppression de la barrière de l’âge entre handicap et dépendance ne soit toujours pas effective.