Le Leqembi validé par la Commission européenne

Après de multiples rebondissements, la Commission européenne autorise le Leqembi pour le traitement de la maladie d’Alzheimer en Europe.

Le 15 avril 2025 restera une date importante dans l’histoire des traitements contre la maladie d’Alzheimer en Europe. Après l’approbation de l’Agence européenne du médicament, la Commission européenne vient de donner son feu vert à la mise sur le marché d’un nouveau médicament spécifiquement dirigé contre la maladie d’Alzheimer, le Leqembi (lecanemab), ce qui n’était plus arrivé depuis le 15 mai 2002. Ce traitement avait déjà été validé dans d’autres pays comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, Hong-Kong, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, Israël ou encore le Mexique.

Développé par le laboratoire Eisai, le Leqembi est un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine bêta-amyloïde. Il vise à nettoyer le cerveau de l’accumulation de plaques bêta-amyloïdes qui accélèrent le déclin cognitif. Il s’est avéré, lors du test clinique, que le traitement avait permis un ralentissement du déclin cognitif de 27% au bout de 18 mois.

Ce traitement s’adresse aux personnes vivant avec une maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Certaines ne peuvent toutefois pas y accéder, comme celles présentant deux copies du gène APOE4. Ce choix s’explique par l’augmentation du risque de développer des effets secondaires qui peuvent être délétères, comme des microhémorragies cérébrales. Ces recommandations sont légitimes et partagées par les sociétés savantes françaises, notamment la Fédération des Centres Mémoire (FCM). D’autres pays, comme le Royaume-Uni, ont d’ailleurs pris les mêmes précautions.

Quelles sont les prochaines étapes en France ?

Le laboratoire Eisai a déposé un dossier pour lancer une procédure d’autorisation temporaire d’utilisation auprès de la Haute Autorité de Santé (HAS). C’est dorénavant à cet organisme de se positionner pour que les patients français éligibles puissent avoir accès à cette innovation thérapeutique. La HAS se penche déjà sur la question puisqu’elle a sollicité plusieurs acteurs, dont France Alzheimer, pour contribuer à l’évaluation du Leqembi.

Il est cependant important de garder à l’esprit les limitations intrinsèques à l’arrivée de ce nouveau traitement. Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer est aujourd’hui largement sous-évalué, à cause d’un arsenal thérapeutique faible, d’outils de diagnostic encore trop peu accessibles et d’une mauvaise connaissance du grand public vis-à-vis de cette pathologie.

« La décision de la Commission européenne doit maintenant pousser les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre pour favoriser un diagnostic précoce », souligne le président de France Alzheimer et maladies apparentées, Joël Jaouen. « Plus la maladie est détectée tôt, meilleure sera la prise en charge. Et nous ne devons pas non plus oublier les personnes malades à un stade plus avancé, pour qui des solutions doivent également être trouvées ou consolidées dans le cas des interventions non médicamenteuses, indispensables dans le parcours de soins. »

Fidèle à sa mission principale, et puisqu’il n’existe toujours aucun traitement curatif, France Alzheimer et maladies apparentées continuera d’accompagner les personnes vivant avec une maladie d’Alzheimer au quotidien et leurs aidants, quel que soit le stade de la maladie, grâce à son réseau de 101 associations départementales et à l’engagement de ses 2200 bénévoles.

France Alzheimer renforce son partenariat avec l’Unccas

La convention entre l’association France Alzheimer et maladies apparentées et l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) a été reconduite en 2024.

Depuis 2012, l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) et l’association France Alzheimer et maladies apparentées collaborent pour améliorer la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et soutenir leurs aidants. Cette convention de partenariat a été renouvelée dans le courant de l’année 2024. Elle peut servir de base à des accords locaux entre un CCAS (ou Udcass) et une association départementale de France Alzheimer.

La nouvelle convention vise à renforcer la dynamique entre les deux organismes. Elle s’appuie ainsi sur plusieurs axes stratégiques de coopération qui seront déployés, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale ou départementale, grâce aux réseaux des deux structures.

Il s’agit notamment de rapprocher un peu plus les deux réseaux, de mettre en place des formations dédiées aux aidants familiaux, aux élus, ainsi qu’aux professionnels intervenant sur le terrain, comme les aides à domicile. Il s’agit également de développer des axes de communication communs et d’initier des actions concertées, afin de proposer un accompagnement plus efficace des personnes malades et de leurs familles.

En matière de coopération avec les CCAS, des associations départementales ont déjà enclenché la vitesse supérieure depuis la mise en place de la dynamique de société inclusive, il y a quelques années déjà, par l’association France Alzheimer et maladies apparentées. Cette dynamique a notamment permis de sensibiliser des collectivités à la maladie et de signer des chartes d’engagements réciproques. À ce jour, 645 villes et villages ont paraphé le document, ainsi que neuf communautés de communes, 30 conseils départementaux ou encore 22 clubs sportifs.

Depuis la reconduction du partenariat, trois conférences en ligne ont été organisées par les deux organismes afin de sensibiliser les CCAS et les associations départementales à la nouvelle convention. Plus de 400 personnes issues de ces deux réseaux y ont participé.

 

L’apprentissage d’une langue étrangère : un rempart contre Alzheimer

L’apprentissage d’une langue étrangère, même à un âge avancé, présente de nombreux avantages. De récentes études suggèrent que cela pourrait jouer un rôle significatif dans la prévention de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées.

D’après de nombreuses études, l’apprentissage d’une langue étrangère, qui stimule plusieurs régions du cerveau dont celles impliquées dans la mémoire, serait un excellent rempart contre les maladies neuro-évolutives. Il permettrait même de retarder de plusieurs années le développement des symptômes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Plusieurs études évoquent quatre à cinq années. Une méta-analyse de 2018 publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease a également révélé que le bilinguisme réduirait le risque de développer la maladie d’Alzheimer de 20 à 50 %.

Réserve cognitive et plasticité neuronale

Ces résultats positifs s’expliquent par le concept de réserve cognitive, un mécanisme par lequel le cerveau utilise des réseaux neuronaux alternatifs pour compenser les éventuels dommages. Les processus cognitifs mobilisés par l’apprentissage d’une langue étrangère entraînent une neuroplasticité accrue, c’est-à-dire la capacité du cerveau à former de nouvelles connexions synaptiques.

Des recherches menées par l’Université d’Édimbourg ont montré que les individus qui parlent deux langues ou plus possèdent une densité de matière grise plus élevée dans certaines régions cérébrales, notamment l’hippocampe, qui est crucial pour la mémoire. L’augmentation de la matière grise est associée à une meilleure performance cognitive et à une plus grande résistance aux
maladies neurodégénératives.

Ces divers résultats sont corroborés par des études de neuro-imagerie. Elles montrent des niveaux plus élevés d’activité cérébrale chez les personnes bilingues, même lorsqu’elles ne sont pas en train d’utiliser leur deuxième langue.

Outre la protection contre la maladie d’Alzheimer, l’apprentissage d’une langue étrangère offre d’autres avantages cognitifs et sociaux. Des études ont montré que les personnes bilingues ont une meilleure capacité à s’adapter à de nouvelles situations et à résoudre des problèmes complexes, ce qui peut être bénéfique dans de nombreux aspects de la vie quotidienne.

L’apprentissage d’une nouvelle langue permet également de maintenir un réseau social actif et diversifié, ce qui est un autre facteur clé dans la réduction des risques de déclin cognitif. Plusieurs études ont effectivement mis en avant que le lien social était un facteur protecteur contre les maladies neuro-évolutives. Participer à des cours de langue, à des groupes de conversation ou encore à des voyages linguistiques offrent ainsi des opportunités de socialisation, qui sont donc essentielles pour maintenir une bonne santé cognitive.

À tout âge

Et comme c’est le cas pour l’activité physique, il n’est jamais trop tard pour commencer à apprendre une nouvelle langue. Encourager cette pratique, même à un âge avancé, peut avoir des effets bénéfiques significatifs sur la santé cognitive des personnes.

Des méthodes adaptées peuvent rendre cet apprentissage accessible et agréable pour toutes les personnes âgées, même si elles ont des problèmes de mobilité. Si des applications existent, les cours en présentiel sont peut-être préférables parce qu’ils permettent de lutter contre l’isolement et de favoriser le lien social.

Refus de mise sur le marché européen du Kisunla, en attendant l’appel

L’association France Alzheimer et maladies apparentées prend acte de la décision de l’EMA de ne pas autoriser le Kisunla™ (donanemab) sur le territoire de l’Union européenne. Le laboratoire Eli Lilly a déjà fait appel de cette décision.

Le vendredi 28 mars, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a refusé la commercialisation du Kisunla™ (donanemab) sur le territoire de l’Union européenne. Développé par le laboratoire Eli Lilly, le Kisunla™ est un anticorps monoclonal conçu pour cibler et éliminer les plaques de protéine bêta-amyloïde dans le cerveau, qui sont associées à la progression de la maladie d’Alzheimer. En réduisant ces dépôts, ce traitement vise à ralentir le déclin cognitif des patients atteints d’une forme précoce de la maladie.

Quels sont les effets du Kisunla™ ?

Bien qu’il ne soit pas une solution miracle contre la maladie d’Alzheimer, le Kisunla™ a montré, lors de ses essais cliniques, un ralentissement d’environ 22% du déclin cognitif et une réduction de 28% des problèmes rencontrés dans l’exécution des tâches quotidiennes en 18 mois. Cela a ainsi permis d’améliorer sensiblement la qualité de vie de la personne vivant avec la maladie, mais également de ses proches.

Le traitement n’est toutefois pas exempt de risques puisqu’il peut être responsable d’ARIA, des microhémorragies cérébrales observables à l’IRM, pouvant entrainer des complications telles que l’arrêt du traitement, ou dans de très rares cas, des pertes définitives des capacités cognitives, voire le décès du patient.

Pour lutter contre ces ARIA, un protocole a été mis en place. Il permet de surveiller l’apparition de ces microhémorragies avant le développement d’une complication. Ce type de surveillance est également mis en place pour le Leqembi® (lecanemab) qui présente des effets secondaires similaires, et qui a reçu une autorisation de mise sur le marché en novembre 2024.

Quelles sont les raisons de ce refus ?

Dans son communiqué de presse, l’EMA précise que la balance bénéfice/risque n’est pas assez positive pour justifier la commercialisation du Kisunla™. Selon l’Agence, l’apparition d’ARIA est trop importante (24.7% des personnes ayant reçu le Kisunla™ contre 14.9% chez les personnes ayant reçu le placebo), même si la plupart d’entre eux ne déclenchent aucun symptôme.

Le laboratoire Eli Lilly a déjà fait appel de cette décision. Il souhaite apporter des preuves scientifiques supplémentaires concernant l’intérêt de son traitement. L’une d’entre elles, l’étude Trailblazer-6, qui n’a pas pu être prise en compte dans l’examen de l’EMA, précise qu’une modification du protocole d’administration du Kisunla™ permettrait de réduire l’apparition d’ARIA de manière significative tout en préservant les effets sur le déclin cognitif.

Notre position

L’association France Alzheimer et maladies apparentées, qui entend les réserves du Comité d’évaluation de l’EMA en ce qui concerne la sécurité des patients, rappelle néanmoins que ces innovations thérapeutiques apportent de l’espoir aux familles et doivent être rendus accessibles aux patients éligibles, sous réserve d’un suivi et d’un contrôle régulier. Tout comme Alzheimer Europe, France Alzheimer espère que des résultats complémentaires fourniront les preuves scientifiques attendues pour que l’EMA reconsidère sa position actuelle quant au donanemab, déjà approuvé en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Japon ou encore en Chine.

France Alzheimer rappelle également qu’il est essentiel pour toutes les parties prenantes de rester mobilisées quant à cet enjeu majeur de santé publique, afin de consolider par ailleurs le parcours de soins et de vie des personnes malades et de leurs aidants. Il est, enfin, essentiel de continuer à soutenir la recherche, pour des innovations répondant à tous les stades de la maladie d’Alzheimer ou d’autres pathologies apparentées.