Le Leqembi finalement autorisé par l’Agence européenne des médicaments !

Le régulateur européen des médicaments autorise la mise sur le marché du Leqembi, traitement à destination des personnes malades d’Alzheimer à un stade précoce et visant à ralentir le déclin cognitif. France Alzheimer se réjouit de cette décision.

Le comité d’évaluation des médicaments à usage humain de l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé, ce 14 novembre, d’accorder une autorisation de mise sur le marché sur le territoire de l’Union européenne du Leqembi, nom de commercialisation du Lecanemab. Destiné à des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer à un stade précoce de la pathologie, ce traitement vise à ralentir le déclin cognitif en début de maladie.

Le laboratoire Eisai, responsable du développement du Lecanemab, avait obtenu, dans un premier temps, le 26 juillet dernier, un retour négatif de l’EMA. En cause : un risque accru d’effets secondaires graves, dont des micro-saignements dans le cerveau.

Après une demande de réévaluation déposée par Eisai auprès de l’EMA, le régulateur européen a revu sa position. Il autorise finalement le traitement pour les personnes qui présentent un risque plus faible de subir des effets secondaires : soit des personnes ne possédant pas deux allèles ApoE4 pour le gène ApoE et présentant une pathologie amyloïde avérée. Ces recommandations sont similaires à celles édictées dans les autres pays où le Leqembi a déjà été approuvé, comme les Etats-Unis, le Japon ou plus récemment le Royaume-Uni.

Aussi, l’EMA précise que l’administration du traitement se fera sous contrôle médical strict d’un personnel qualifié, avec un accès régulier à l’imagerie de type IRM. L’objectif est de garantir la sécurité du traitement, en vérifiant l’absence de complication liée à son administration.

Maintenant que l’EMA a donné son accord, le laboratoire Eisai va se rapprocher des institutions, notamment françaises, et déposer une demande d’accès anticipé pour permettre aux patients français éligibles de bénéficier du traitement, le temps que la Haute Autorité de Santé (HAS) rende son avis pour une commercialisation en France.

L’espoir renaît

Cette innovation thérapeutique amorce un tournant dans la prise en soin des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer. Si l’association France Alzheimer et maladies apparentées se réjouit de cette nouvelle, elle rappelle aussi qu’il est essentiel de poursuivre les efforts dans le domaine de la recherche afin d’apporter des solutions à toutes les personnes malades, quel que soit le stade de la pathologie.

France Alzheimer appelle aussi – et toujours – le gouvernement français à se responsabiliser face à cet enjeu majeur de santé publique. « Il est plus que jamais essentiel de structurer une réponse publique adaptée aux besoins des millions de personnes concernées en France, personnes malades et proches aidants, dont le parcours de soins et d’accompagnement doit être consolidé, sur l’ensemble du territoire », insiste le président de l’association, Joël Jaouen. « Nous devons tous avoir les mêmes chances, le même droit, où que nous nous trouvons en France, d’avoir accès à un diagnostic précoce pour bénéficier du meilleur traitement et du meilleur accompagnement au moment opportun, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. »

Seul un plan national dédié et ambitieux peut permettre de structurer cette réponse publique, tel que rappelé d’ailleurs par les pays du G7, dont la France, le 11 octobre dernier dans leur communiqué commun sur la santé. Or, aujourd’hui, aucun plan n’est en cours de déploiement en France. C’est pourtant l’outil le plus efficace pour améliorer le quotidien des familles et pour anticiper la commercialisation et l’accessibilité aux innovations thérapeutiques, en améliorant d’urgence la prévention et le diagnostic de la maladie.

De son côté, Jean Georges, directeur d’Alzheimer Europe dont France Alzheimer est membre, appelle également à un « accès rapide, sûr et équitable » au Leqembi, et à d’autres traitements éventuels à venir, comme indiqué dans leur prise récente de position sur les thérapies anti-amyloïdes. « Nous nous tournons désormais vers les laboratoires pour qu’ils adoptent des politiques de prix raisonnables et durables et vers les organismes de remboursement pour garantir que le lecanemab soit couvert par les systèmes nationaux. Les systèmes de santé doivent également être adaptés, afin que les personnes puissent recevoir un diagnostic précis au moment opportun avec accès au traitement et à une surveillance efficace des effets secondaires potentiels. »

Diagnostic précoce, clé pour imaginer l’avenir

Les personnes malades et les aidants craignent bien souvent ce moment qu’est le diagnostic. Ils peuvent même reporter la démarche qui les y mène. Un diagnostic précoce présente pourtant des avantages non négligeables, pour les personnes malades et même pour les aidants. Explications.

 

Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer est bien souvent un moment craint des personnes malades et des aidants. Il peut même être paralysant et pousser les premiers concernés à attendre et reporter ce moment.

 

Pourtant, la maladie d’Alzheimer, bien que redoutée, est mieux comprise aujourd’hui que jamais. Il est même reconnu que poser un diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée présente de nombreux avantages, tant pour les personnes malades que pour leurs proches.

Pour une meilleure prise en soin

C’est également l’avis de Christine Bonnet, psychomotricienne et intervenante pour France Alzheimer Paris. Elle travaille notamment en binôme avec la présidente de l’association parisienne, Françoise Perrot. Elle accompagne des personnes en début de maladie dans le cadre du programme Vivre avec la maladie (VAMA), sorte de boîte à outils destinée aux personnes qui viennent d’être diagnostiquées, afin de les aider à imaginer l’avenir. Elle est également impliquée dans la coanimation de groupes d’entraide proposés aux personnes malades qui ont suivi le programme VAMA.

 

«Comme il n’y a pas de traitement curatif, cela peut faire peur de se faire diagnostiquer, mais on peut encore vivre des années après le diagnostic
d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, il faut le dire, il faut clairement insister sur ce message. Au plus tôt on affronte le diagnostic, au mieux c’est », glisse la psychomotricienne en guise de préambule.

 

«Le premier avantage d’un diagnostic précoce que je vois, c’est que les personnes malades peuvent bénéficier d’une prise en soin adaptée le plus
rapidement possible», poursuit Christine Bonnet. «Elles peuvent participer à des activités, à des ateliers qui peuvent leur permettre de ralentir la progression des troubles et de maintenir certaines de leurs capacités. Elles peuvent également encore apprendre des choses et par exemple consolider des choses utiles pour leur avenir, comme utiliser des technologies modernes par rapport à leurs troubles. »

 

Pour mieux préparer la suite

En recevant un diagnostic précoce, les personnes malades conservent également encore une certaine autonomie et elles peuvent participer activement à la planification de leur avenir. Elles peuvent ainsi prendre des décisions éclairées sur leur mode de vie, leur prise en charge, et même leur organisation patrimoniale.

 

«C’est très important », souligne encore Christine Bonnet. «Si les personnes malades sont diagnostiquées tôt, elles auront plus de facilité à exprimer leurs souhaits. Cela permet de dire ce que l’on attend de ses proches, de toute la famille, des médecins. On peut ainsi dire les choses et d’être plus précis dans ses demandes, tant sur le plan personnel que sur le plan médical. Si, à l’inverse, les personnes malades tardent à se faire diagnostiquer, l’entourage pourrait peut-être prendre des décisions à la place des personnes aidées, contre le souhait des personnes malades elles-mêmes. Il pourrait leur prêter des intentions qui ne sont peut-être pas les bonnes. »

 

Le programme Vivre avec la maladie

Si les personnes malades sont diagnostiquées tôt, elles peuvent par ailleurs intégrer le programme VAMA, qui se développe de plus en plus dans le réseau de l’association France Alzheimer et maladies apparentées.

 

Animé par un professionnel et un bénévole, ce programme inclut un bilan initial et un bilan final individuels. Entre les deux, six ateliers en groupe
sont proposés, et à chaque atelier, un thème est dédié. Ils visent à partager ses expériences et ses savoirs sur la maladie, à valoriser ses compétences et à partager ses solutions, à trouver ses outils pour agir au quotidien, à parler de son entourage, de son rôle et de sa place à leurs côtés, à apprendre à gérer son stress, et, enfin, à dresser la liste de ses envies.

 

Alain Tardif, 64 ans et vivant à Paris, a suivi ce programme avec l’association France Alzheimer de la capitale. Diagnostiqué il y a deux ans, il fait aujourd’hui partie d’un groupe d’entraide, qu’il considère comme une bouffée d’oxygène.

 

«C’est tout d’abord très important de disposer de cette boîte à outils pour mieux préparer la suite, pour mieux vivre avec la maladie, pour mieux
vivre, malgré la maladie. Cela permet de mieux s’organiser dans la vie quotidienne. Et puis, il y a cet espace, ce groupe d’entraide, qui me permet, qui nous permet, moi et les autres personnes malades, de déposer nos valises, de parler, d’exprimer ce que nous ressentons, et d’échanger des conseils. Je me sens moins seul. Je me sens écouté, compris, dans ce groupe. Et puis, nous pouvons également nous inspirer les uns les autres de la manière dont nous vivons la maladie. Et donc, moi aussi, je peux aider d’autres personnes malades en expliquant quelles stratégies je mets en place pour faire face à la maladie. C’est revalorisant, quelque part. »

 

Aussi important pour les aidants

Un diagnostic précoce est également bénéfique pour les proches, susceptibles d’être épuisés physiquement et psychologiquement. Il leur permet
de comprendre ce qui se passe, de mettre des mots sur des maux et d’obtenir plus rapidement des réponses à leurs questions. « Les aidants pourront ainsi plus vite, et mieux anticiper la suite et s’organiser. Et puis, eux aussi peuvent bénéficier d’aides diverses pour affronter la maladie de leur proche », souligne encore Christine Bonnet.

 

Démystifier la maladie

Pour pousser les personnes malades à affronter le diagnostic, le plus précocement possible, il faut, pour la psychomotricienne, « démystifier Alzheimer ».
«Cette maladie fait peur. Ça demande du courage aux personnes malades, que d’affronter le diagnostic. Beaucoup de courage, même. Un cancer, s’il est pris tôt, ça peut se soigner. On peut guérir. Alzheimer, on sait que le déclin est inéluctable. Et le temps compte ; les personnes malades le disent. Mais il faut bien faire comprendre que l’on peut encore faire des tas de choses malgré la maladie. Que l’on peut encore vivre des tas de beaux moments. Et puis, parfois, on a des craintes d’être malade, le diagnostic tombe, et ce n’est pas Alzheimer. Ça arrive. Ça peut parfois être une autre maladie ; une maladie qui peut être guérie. »

 

Commercialisation du Donanemab (Kisunla) au Royaume-Uni

L’Agence britannique de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) a approuvé le traitement d’Eli Lilly pour les premiers stades de la maladie d’Alzheimer.

 

Le Royaume-Uni s’apprête à franchir une étape importante dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer avec la commercialisation imminente du Donanemab (Kisunla). Ce nouveau traitement, développé par la société pharmaceutique Eli Lilly, suscite de grands espoirs parmi les professionnels de santé, les patients et leurs familles.

 

Qu’est-ce que le Donanemab ?

Le Donanemab est un anticorps monoclonal conçu pour cibler et éliminer les dépôts de plaques amyloïdes dans le cerveau, un des principaux marqueurs de la maladie d’Alzheimer. Ce traitement vise à ralentir le déclin cognitif, offrant ainsi un sursis face aux effets dévastateurs de la maladie. Comme l’Aducanumab et le Lecanemab avant lui, ce traitement s’adresse uniquement à des patients à une phase précoce de la maladie d’Alzheimer et peut s’accompagner d’effets secondaires avec des complications pouvant être dangereuses. Pour plus d’information sur le Donanemab et ses effets, vous pouvez regarder l’article dédié : https://www.francealzheimer.org/ledonanemab/

 

Essais cliniques prometteurs

Les essais cliniques du Donanemab ont montré des résultats prometteurs avec un ralentissement de la progression clinique de la maladie. En d’autres termes, ce ralentissement se traduit par un déclin cognitif moins rapide des patients traités par Donanemab comparativement à ceux recevant un placebo.

 

Accès au Donanemab au Royaume-Uni

Après l’approbation réglementaire par la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA), le Donanemab devrait bientôt être disponible pour les patients éligibles via le National Health Service (NHS). Cette nouvelle thérapie s’inscrit dans une démarche visant à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et à retarder les symptômes les plus handicapants. Il reste important de souligner que seuls les patients à un stade précoce de la maladie, ne présentant pas deux allèles positifs du gène ApoE4 (gène responsable d’une maladie d’Alzheimer à un âge précoce) et n’étant pas sous anticoagulant ou diagnostiqués avec une angiopathie cérébrale, pourront recevoir ce traitement.

Perspectives

L’introduction du Donanemab sur le marché britannique montre la volonté des autorités de santé à laisser la place à l’innovation thérapeutique pour la maladie d’Alzheimer. D’autres pays ont précédemment validé cette molécule. L’Agence européenne des médicaments, elle, doit encore se positionner. En juillet dernier, elle a toutefois refusé la commercialisation du Lecanemab sur son territoire, un traitement autorisé aux Etats-Unis, au Japon et au Royaume-Uni, tout comme le Donanemab.

L’association France Alzheimer et maladies apparentées reste attentive aux décisions qui seront prises par l’Agence européenne des médicaments et espère une réévaluation positive de leur part concernant l’accès à ces nouveaux traitements pour qu’enfin, les personnes malades et leurs familles puissent, si elles le souhaitent, bénéficier de ces médicaments.

Pour plus d’informations, consultez la publication officielle : Donanemab licensed for early stages of Alzheimer’s disease in adult patients who have one or no copies of apolipoprotein E4 gene – GOV.UK