Le Kisunla reçoit un avis positif du CHMP de l’Agence européenne des médicaments

L’association France Alzheimer et maladies apparentées se réjouit de l’avis positif rendu par le Comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne des médicaments relatif à la demande d’autorisation de mise sur le marché du Kisunla pour le traitement de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Cela représente un nouvel espoir pour les familles vivant avec la maladie d’Alzheimer.

Les Nations Unies doivent prendre conscience de la maladie

Le 25 septembre prochain, l’Assemblée générale des Nations Unies se réunira à l’occasion de sa 4ème réunion de haut-niveau destinée à fixer la conduite mondiale en matière de prévention et de maîtrise des maladies non-transmissibles (MNT).

À quelques semaines de l’évènement, Paola Barbarino, directrice générale d’Alzheimer’s Disease International, a appelé à l’intégration de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées à la future déclaration politique des Nations-Unies et à leur reconnaissance comme MNT, appel dont vous trouverez ci-dessous la traduction :

De poignants témoignages, d’anonymes et de célébrités, pour briser le tabou Alzheimer

Territoire de l’intime – Neuf personnes livrent un témoignage intime sur la maladie d’Alzheimer. Des personnes malades prennent la parole, ainsi que des aidants et anciens aidants, dont des célébrités : Sami Bouajila, Alain Chamfort, Thierry Frémont, Didier Morville (JoeyStarr) et Loïck Peyron. Ces films portés par France Alzheimer et maladies apparentées visent à informer le grand public et à changer le regard de la société ; une mission poursuivie par l’association depuis 40 ans.

Lever de rideau sur un projet hors normes

Des personnes malades, des aidants et d’anciens aidants et bénévoles de France Alzheimer Maine-et-Loire ont co-écrit une pièce de théâtre, avec l’aide du metteur en scène Tarik Achbani. Le 16 février, à Angers, ils ont joué leur pièce de théâtre, Le Café des souvenirs, devant 340 personnes.

L’utilité d’un gériatre au coeur des urgences

Une récente étude, publiée en 2024 par le Dr Élodie Reynier, montre que la présence d’un gériatre au sein du service des urgences hospitalières est bénéfique pour les patients de plus de 75 ans.

La présence d’un gériatre au sein de services d’urgences hospitalières est peu fréquente en France. La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en a fait plusieurs fois le constat.

Dans son étude intitulée Urgences hospitalières en 2023 : quelles organisations pour la prise en charge des patients ? publiée en juillet 2024, la Drees relève que la présence d’un gériatre aux urgences est rare. « Il n’y en a quasiment jamais dans les points d’accueil recevant 80 patients ou moins par 24 heures, et 13 % des points d’accueil ayant reçu plus de 120 patients en comptent au moins un. Lorsqu’ils sont présents aux urgences, les gériatres le sont quasi exclusivement en journée en semaine. En revanche, 54 % des points d’accueil peuvent recourir à une équipe mobile gériatrique à défaut d’un gériatre aux urgences, et 76 % indiquent pouvoir faire appel à un gériatre de l’établissement en cas de besoin. »

Pourtant, la présence d’un gériatre au service des urgences serait très utile. C’est la conclusion de la thèse menée par le Dr Élodie Meynier.

Elle a réalisé une étude au Centre hospitalier de Martigues (Bouches-du-Rhône), sur deux séries de 200 patients âgés de 75 ans et plus admis au Service d’accueil aux urgences (SAU), et sur deux périodes distinctes : avant et après la mise en place d’une équipe de coordination gériatrique d’urgence (ECGU) en avril 2021, soit en 2019 et en 2022. Cette équipe ECGU est composée d’un médecin gériatre, de trois infirmières gériatriques d’urgences, d’une assistante sociale et d’une secrétaire.

Il ressort notamment de cette étude comparative une diminution de 37 % d’hospitalisation lors du premier passage aux urgences. Le Dr Élodie Meynier relève également que « le taux d’inadéquation entre le service où le patient est hospitalisé et celui où il aurait dû aller selon son diagnostic » est passé de 29,24 % en 2019 à 13,88 % en 2022, ce qui signifie une baisse d’inadéquation de 52,5 %. Autre élément remarquable : une diminution significative de 65,5 % des réadmissions aux urgences à un mois. L’intervention du service social est, en outre, plus importante, passant de 19 % en 2019 à 47 % en 2022.

« La présence d’un médecin gériatre, au sein des urgences, a un réel impact dans le parcours de soins du patient âgé de plus de 75 ans », analyse Élodie Reynier dans sa conclusion. « Ses connaissances sur les spécificités présentées par ces patients permettent de diminuer les hospitalisations, les réadmissions aux urgences et de mieux orienter le patient. Un parallèle avec la prise en charge pédiatrique peut être fait tant sur le plan médical que sur le plan social et psychologique. La question d’ouvrir des urgences spécifiques réservées aux personnes âgées dans le système de santé français peut se poser et semblerait pertinente, avec un réel intérêt, dans l’activité de soins proposée aux patients ainsi que dans l’aspect économique hospitalier. »

À généraliser, selon la SFGG

L’étude du Dr Élodie Reynier a été présentée lors du dernier congrès de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), qui s’est tenu du 25 au 27 novembre 2024, à Paris. Lors de cet événement, la SFGG a rappelé que, selon elle, le modèle traditionnel de soins en urgence, principalement orienté vers une évaluation diagnostique rapide, n’était pas adapté aux besoins spécifiques des personnes âgées. S’appuyant sur les résultats positifs observés notamment au centre hospitalier de Martigues, la société savante a estimé qu’il était «impératif de généraliser la présence de gériatres aux urgences à l’échelle nationale».

Améliorer la prise en charge aux urgences

Partant des constats des familles, l’association France Alzheimer et maladies apparentées a souhaité sensibiliser le personnel travaillant dans les urgences. Objectif : améliorer l’accueil et la prise en charge des personnes malades et des aidants. Pour ce faire, l’association a constitué un groupe de travail. Un dépliant et un film impactant sont issus de leur réflexion. Le dispositif a été expérimenté dans cinq centres hospitaliers. Il peut maintenant être déployé sur tout le territoire.

L’association France Alzheimer et maladies apparentées se nourrit beaucoup des remontées de terrain pour mener son action. Parmi les problématiques souvent évoquées par les familles : la prise en charge aux urgences à l’hôpital.

À ces témoignages, s’ajoutent des études chiffrées, dont celle réalisée en 2023 par les équipes de l’AP-HP, de l’Inserm et de Sorbonne Université, coordonnées par le Pr Yonathan Freund et le Dr Mélanie Roussel (UFR santé de Rouen, Université de Rouen Normandie). Il en ressort que passer une nuit sur un brancard aux urgences augmente de près de 40 % le risque de mortalité hospitalière chez les personnes âgées, surtout si l’autonomie de ces personnes est limitée. Cette étude souligne ainsi l’importance d’un accueil adapté pour cette population vulnérable.

Ce qu’en disent les premiers concernés

Un groupe de travail a été créé courant 2023 à l’initiative de France Alzheimer. Il a regroupé des personnes malades, des aidants, des bénévoles d’associations départementales, ainsi que des professionnels de santé travaillant avec ou dans des services d’urgences. Objectif central : aider les personnels des services d’urgences au repérage et à l’accompagnement des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée.

« Nous avons opté pour une complémentarité des regards dans le but de trouver des réponses les plus optimales possibles », souligne Anne Baccouche, chargée de projets à l’Union France Alzheimer et maladies apparentées, qui a piloté le projet Urgences, été présenté lors des 18e Rencontres France Alzheimer, en décembre dernier.

« J’ai été un jour hospitalisée en urgence et mon époux n’a pas pu rentrer, ce qui a été très anxiogène pour moi », se souvient Sylvie Andrez, personne malade originaire du Territoire de Belfort. « Il y avait beaucoup de personnes qui gravitaient autour de moi et qui me posaient plein de questions. Je l’ai très mal vécu. Il y a eu des erreurs. On m’a par exemple dit que je pouvais sortir des urgences et je me suis retrouvée seule, dehors, à 2 heures du matin. Je pense que c’est important que cela change. »

C’est pourquoi Sylvie Andrez a rejoint le groupe de travail. « Selon moi, le personnel n’est pas sensibilisé pour accueillir et prendre en charge les malades d’Alzheimer. Accepter l’aidant au sein du service pourrait permettre d’éviter l’angoisse, l’agitation, le stress. Cela serait même bénéfique pour tout le monde : les personnes malades, les aidants et les professionnels de santé eux-mêmes. »

Marie-France Denis, elle, est aidante de son mari. « Il y a 4 ans, Gérard a fait une perte de connaissance et je n’ai pas pu le réveiller pendant 30 secondes », se rappelle cette Parisienne. « On a appelé le 15 et une ambulance est venue. Elle a mis une bonne trentaine de minutes avant d’arriver. J’ai pris toutes les précautions en signalant que mon mari était malade d’Alzheimer. Je suis allée à l’hôpital en voiture et je me suis présentée aux urgences, mais on m’a dit que je ne pouvais pas entrer, et que l’on m’appellerait quand les deux examens seraient terminés. En fin de journée, on m’a rappelée et on a accepté que je rentre pour être avec lui. Ma présence a permis de le calmer. »

Le lendemain, le mari de Marie-France a de nouveau perdu connaissance. Aux urgences, le médecin lui a refusé l’entrée. « Gérard a passé la nuit à me téléphoner toutes les dix minutes. Il disait qu’il n’aimait pas du tout cet hôtel, qu’il ne voulait pas y rester. Il n’était pas bien. J’ai aussi compris le lendemain que mon mari avait été attaché et qu’il avait été sédaté. Il a fallu un mois pour qu’il s’en remette. Je ne veux pas stigmatiser les urgences. Ils font ce qu’ils peuvent. Mais cela serait intéressant de les sensibiliser. »

Lilia Fernandez Billaud, médecin coordonnateur de l’équipe mobile gériatrique de hôpital Dupuytren (Draveil, Essonne), a également participé au groupe de travail. « J’ai la chance de travailler avec deux services d’urgences qui, depuis longtemps, ont pris le parti de laisser entrer les aidants », glisse la doctoresse. « Et le retour que je peux vous faire, c’est que ce sont des pratiques vertueuses, qu’il faut généraliser. Le problème que les urgences rencontrent encore maintenant, c’est quand une personne malade vient seule aux urgences. »

Sur la base de ces constats et de ces témoignages, les membres du groupe de travail du projet Urgences ont participé à la réalisation de deux outils visant à sensibiliser les personnels des services d’urgences à l’hôpital : un dépliant et une vidéo.

Cinq services d’urgences ont accepté de participer à une expérimentation et ils ont reçu ces outils réalisés courant 2024. Il s’agit des centres hospitaliers de la Côte basque (Pyrénées- Atlantiques), de Millau (Aveyron), de la Haute- Saône, de Perpignan (Pyrénées-Orientales) et de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). « Les deux-tiers des professionnels ayant répondu au questionnaire ont déjà déclaré qu’ils rencontraient des obstacles dans la prise en soins de personnes présentant une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée », souligne Anne Baccouche.

Parmi les difficultés rencontrées, les personnes sondées évoquent l’évaluation difficile du degré de conscience et de douleur, le refus de soins, l’arrivée d’une personne malade seule ou pour qui la personne ressource n’est pas identifiée, l’absence d’une politique d’accueil claire et uniforme des aidants, le manque de formation, des questionnements éthiques relatives au consentement, le manque de temps…

« Nous comprenons les difficultés que connaissent les professionnels de santé des services d’urgence, et nous savons que cela ne doit pas être facile pour eux face à certains profils de patient pour qui le passage aux urgences peut être traumatisant », soutient Anne Baccouche. « Les personnes malades peuvent se sentir perdues. Et plus elles se sentent perdues, plus elles vont être inquiètes, angoissées. Elles pourraient être dans le refus de soin. L’aidant peut justement être un partenaire fiable pour les personnels des urgences. Il peut leur faciliter la tâche. Il peut représenter un gain de temps et d’énergie. »

De la prise de conscience à l’action

Professeur de médecine d’urgence, Éric Wiel a été chef du service des urgences au CHU de Lille de 2014 à 2020. « Nous avions 330 entrées par jour aux urgences et le proche aidant pouvait accompagner la personne qui était prise en charge, du début à la fin du parcours. Il pouvait entrer dans la zone de soins. Nous avons mis ce système en place et nous avons constaté que cela nous a, effectivement, permis de gagner beaucoup de temps. Parfois, les patients pouvaient aussi passer directement à l’UHCS, l’unité d’hospitalisation de courte durée, où il y avait un médecin. Nous nous sommes attelés à ce qu’il y ait des lits, et non pas des brancards, à ce qu’il n’y ait pas de néons comme aux urgences mais un puits de lumière… Plein de solutions existent pour améliorer l’accueil. »

L’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), qui compte une trentaine de sites à Paris et en Île-de-France, s’est également emparée de la question de l’accueil des accompagnants aux urgences. « Ce que nous constatons entre nos différents hôpitaux, ce sont des situations très hétérogènes », assure le Pr Étienne Gayat, directeur général adjoint de l’AP-HP. « Cela peut paraître un handicap, mais c’est en réalité une richesse puisque les médecins urgentistes parlent entre eux. Ils peuvent donc échanger les recettes les plus vertueuses pour essayer de les généraliser. »

« Nous avons également travaillé à l’élaboration d’une charte des accompagnants des patients arrivant aux urgences », ajoute le Pr Étienne Gayat. « Nous voulons favoriser leur présence, avec des règles liées aux contraintes du soin et de l’afflux de personnes. Nous voulons faire mieux, en collaboration avec les représentants des usagers. Cette culture doit se généraliser. »

Les chartes seront ensuite transformées, déclinées sur le terrain, selon les hôpitaux, en protocoles concrets.

Généralisation de la démarche

Les professionnels de santé ayant participé à l’expérimentation, et qui ont répondu au questionnaire, estiment que les deux outils sont utiles. « L’intérêt de notre démarche et de l’étendre à l’ensemble des services d’urgences a également été reconnu par la grande majorité des professionnels interrogés », ajoute Anne Baccouche. « Et c’est exactement ce que nous allons faire. À partir de ce mois de janvier 2025, les associations départementales de l’association France Alzheimer et maladies apparentées peuvent se rapprocher des différents centres hospitaliers de leur département afin de leur présenter la démarche et de leur proposer de bénéficier des outils qui sont maintenant à leur disposition. »

Le Leqembi validé par la Commission européenne

Après de multiples rebondissements, la Commission européenne autorise le Leqembi pour le traitement de la maladie d’Alzheimer en Europe.

Le 15 avril 2025 restera une date importante dans l’histoire des traitements contre la maladie d’Alzheimer en Europe. Après l’approbation de l’Agence européenne du médicament, la Commission européenne vient de donner son feu vert à la mise sur le marché d’un nouveau médicament spécifiquement dirigé contre la maladie d’Alzheimer, le Leqembi (lecanemab), ce qui n’était plus arrivé depuis le 15 mai 2002. Ce traitement avait déjà été validé dans d’autres pays comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, Hong-Kong, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, Israël ou encore le Mexique.

Développé par le laboratoire Eisai, le Leqembi est un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine bêta-amyloïde. Il vise à nettoyer le cerveau de l’accumulation de plaques bêta-amyloïdes qui accélèrent le déclin cognitif. Il s’est avéré, lors du test clinique, que le traitement avait permis un ralentissement du déclin cognitif de 27% au bout de 18 mois.

Ce traitement s’adresse aux personnes vivant avec une maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Certaines ne peuvent toutefois pas y accéder, comme celles présentant deux copies du gène APOE4. Ce choix s’explique par l’augmentation du risque de développer des effets secondaires qui peuvent être délétères, comme des microhémorragies cérébrales. Ces recommandations sont légitimes et partagées par les sociétés savantes françaises, notamment la Fédération des Centres Mémoire (FCM). D’autres pays, comme le Royaume-Uni, ont d’ailleurs pris les mêmes précautions.

Quelles sont les prochaines étapes en France ?

Le laboratoire Eisai a déposé un dossier pour lancer une procédure d’autorisation temporaire d’utilisation auprès de la Haute Autorité de Santé (HAS). C’est dorénavant à cet organisme de se positionner pour que les patients français éligibles puissent avoir accès à cette innovation thérapeutique. La HAS se penche déjà sur la question puisqu’elle a sollicité plusieurs acteurs, dont France Alzheimer, pour contribuer à l’évaluation du Leqembi.

Il est cependant important de garder à l’esprit les limitations intrinsèques à l’arrivée de ce nouveau traitement. Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer est aujourd’hui largement sous-évalué, à cause d’un arsenal thérapeutique faible, d’outils de diagnostic encore trop peu accessibles et d’une mauvaise connaissance du grand public vis-à-vis de cette pathologie.

« La décision de la Commission européenne doit maintenant pousser les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre pour favoriser un diagnostic précoce », souligne le président de France Alzheimer et maladies apparentées, Joël Jaouen. « Plus la maladie est détectée tôt, meilleure sera la prise en charge. Et nous ne devons pas non plus oublier les personnes malades à un stade plus avancé, pour qui des solutions doivent également être trouvées ou consolidées dans le cas des interventions non médicamenteuses, indispensables dans le parcours de soins. »

Fidèle à sa mission principale, et puisqu’il n’existe toujours aucun traitement curatif, France Alzheimer et maladies apparentées continuera d’accompagner les personnes vivant avec une maladie d’Alzheimer au quotidien et leurs aidants, quel que soit le stade de la maladie, grâce à son réseau de 101 associations départementales et à l’engagement de ses 2200 bénévoles.