Comprendre l’impact des infections chroniques sur la maladie d’Alzheimer

Comprendre le rôle de l'Infection chronique dans la progression de la maladie d'Alzheimer et la réponse au traitement : de nouvelles pistes pour une meilleure lutte.

Elsa SUBERBIELLE, lauréate des appels à projets Sciences médicale 2024 financés par France Alzheimer, nous détaille les enjeux de son projet de recherche.

Pourquoi la maladie d’Alzheimer évolue-t-elle rapidement chez certains patients et plus lentement chez d’autres ? Pourquoi des stratégies thérapeutiques, qui font l’objet d’essais cliniques, basées sur la destruction des plaques amyloïdes par le système immunitaire du cerveau présentent des résultats variables ? C’est ce que notre projet vise à comprendre en mettant au centre de notre hypothèse des infections chroniques d’apparence silencieuses. En effet, au cours de la vie notre organisme et notre cerveau fait face à de nombreuses infections, qui façonnent son système immunitaire à long-terme. Certaines de ces infections persistent même à vie sans pour autant entrainer de symptômes, ce qui résulte de l’agilité de notre système immunitaire à garder le pathogène dans un « état de siège ».

Néanmoins, en contrepartie, ce processus maintient une inflammation à bas bruit dans le cerveau, engageant des mécanismes cellulaires et moléculaires de la réponse immunitaire qui pourraient, avec le temps, affecter le déclin de la fonction neurale et la réponse à des traitements qui mobilisent ces mêmes réponses au cours de la maladie. Afin de tester notre hypothèse, nous utilisons un modèle de maladie d’Alzheimer progressif en conjonction avec une infection persistante et asymptomatique avec un microbe banal qui infecte naturellement 50 % de la population humaine. En utilisant ce modèle, nous avons montré que l’infection accélère significativement l’apparition des pertes de mémoire dans ce modèle de MA. Notre objectif est de tester si dans le cadre de l’infection, l’efficacité de thérapie de type Lecanemab est altérée, pour ensuite comprendre quels mécanismes de la réponse inflammatoire et des signaux envoyés par les neurones à cette dernière sont mis en jeu dans ces altérations. Nous proposons également de tester une piste thérapeutique qui vise à bloquer la réponse du neurone à l’inflammation.

Ainsi, comprendre comment une infection banale pourrait, en modifiant la réponse immunitaire et inflammatoire de notre cerveau, accélérer la maladie d’Alzheimer, nous permettra de mieux adapter les traitements contre la maladie en fonction du statut infectieux de patients. En élucidant les mécanismes sous-jacents, cette étude nous permettra d’identifier de nouvelles pistes thérapeutiques.