14 août 2026

Les associations francophones de familles en lien avec la maladie d’Alzheimer se sont retrouvées en marge de la conférence d’ADI. Elles ont participé à deux rencontres, une sur les personnes malades et l’autre sur les aidants, leur permettant de partager constats et idées.

La conférence d’Alzheimer’s Disease International permet à ses participants d’échanger de bonnes idées et de bonnes pratiques, malgré les différences entre les pays. Les associations francophones en lien avec la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées ont participé à deux sessions en marge du congrès. L’une concernait les personnes malades, et l’autre, les aidants.

Parmi les associations francophones présentes figuraient notamment l’association Alzheimer Madagascar et l’Association Comprendre la Maladie d’Alzheimer (ACMA), créée pour sensibiliser les populations à la maladie d’Alzheimer, former les soignants et accompagner les aidants, et présente aujourd’hui au Cameroun, au Togo, au Bénin et au Mali.

Tabou

« Il n’y a pas beaucoup d’informations sur la maladie d’Alzheimer en Afrique », souligne tout d’abord Louisa Mougue, gériatre et représentante de l’ACMA. « Il faut qu’on se lève et qu’on sensibilise la population africaine et qu’on s’occupe de nos personnes âgées parce qu’aujourd’hui, il y a les compétences suffisantes pour pouvoir bien prendre soin de la personne âgée. Et nous pensons que faire connaître cette maladie va aider la population à sortir de l’isolement, à mieux se faire accompagner et surtout d’éviter la maltraitance involontaire qui part de l’ignorance. »

C’est aussi le manque d’information qui a poussé la maman de Muriel Rason-Andriamaro, aujourd’hui vice-présidente d’Alzheimer Madagascar, à fonder l’association malgache. « Quand ma grand-mère a été diagnostiquée, ma mère et sa famille ne savaient pas comment affronter cette maladie. Elle a alors créé une association de familles qui propose aujourd’hui une écoute, de l’aide, un accompagnement social… Nous avons un centre d’accueil de jour où l’on propose des activités aux personnes malades, ce qui permet aussi d’offrir du répit aux proches aidants. »

Muriel Rason-Andriamaro et Louisa Mougue estiment toutes les deux qu’Alzheimer est encore largement tabou en Afrique, ce qui engendre de la stigmatisation envers les personnes malades, et ce qui peut isoler les familles concernées par la maladie alors qu’elles ont justement besoin d’aide et de lien social.

Source d’inspiration

Elles trouvent toutes les deux également que le groupe francophone d’associations de familles, avec des contacts fréquents entre associations partageant la même langue, permet d’y trouver des idées, de l’inspiration. « Cela permet déjà de rompre notre propre isolement, de rencontrer d’autres personnes qui vivent une situation similaire, qui ont les mêmes passions que nous et de partager des expériences », glisse Louisa Mougue.

« Le partage, c’est le mot-clé », ajoute Muriel Rason-Andriamaro. « Nous vivons des situations à la fois similaires et différentes, puisque nous avons chacun nos réalités. Mais nous nous enrichissons de ces différences. »

Malgré l’ampleur de la tâche, Muriel Rason-Andriamaro et Louisa Mougue restent résolument positives. Elles espèrent que Madagascar, le Cameroun et d’autres pays du continent africain mettent bientôt en place des plans structurés et financés pour mieux accompagner les familles concernées par la maladie.

Les clubs de foot sensibilisés

La Belgique était doublement représentée à la 37e conférence d’Alzheimer’s Disease International à Lyon, avec Sabine Henry et Peter Van Houtven. La première préside la Ligue nationale Alzheimer-Liga et son aile francophone et germanophone, et le second l’aile néerlandophone de la Ligue. Tous les deux soulignent qu’ils parviennent à sensibiliser les acteurs de proximité, comme les policiers et les communes. Depuis peu, ils ont également commencé à sensibiliser des clubs de football professionnels du pays.

« Et c’est une partie d’un projet un peu plus grand, que l’on met en place ensemble avec le Pro League, l’association des clubs de football professionnels en Belgique », souligne Peter Van Houtven. « Et un des projets, c’est de créer des stades qui soient dementia friendly. Nous intervenons donc notamment dans ces clubs qui le souhaitent pour sensibiliser les stewards à la maladie afin qu’ils puissent guider les personnes malades et leurs proches du mieux possible. Et ça fonctionne très bien. »

Le Club et le Cercle de Bruges ont déjà accepté de participer à cette démarche, tout comme La Gantoise, Westerlo, Courtrai, Genk, Saint-Trond, Oud-Heverlee-Louvain…

« Côté francophone, c’est le Standard de Liège », ajoute Sabine Henry. « Les personnes qui s’engagent dans ces séances de sensibilisation y gagnent aussi en ce sens que cela pourrait leur être utile dans leur vie privée. On doit mieux connaître la maladie pour que l’on soit plus à l’aise et pour baisser ce degré de crainte, de peur, parce que la maladie d’Alzheimer n’est pas contagieuse. On doit apprendre à vivre avec. C’est ça l’objectif, et je trouve que c’est tout à fait intéressant de le faire à différents niveaux, dans le monde culturel, le monde sportif… »

L’action des clubs de football vise également à permettre aux personnes malades et aux aidants, supporters de l’un ou l’autre club, de continuer à se rendre au stade, dans un souci d’inclusivité. « Des clubs réservent aussi des places pour les personnes malades et leurs proches, fournissent des casques anti-bruit… » énumère Peter Van Houtven « Nous sommes déjà allés au stade avec des personnes malades et elles étaient venues avec leur vieux maillot. Se rendre au stade, ça leur rappelle de bons souvenirs même s’ils sont lointains. »