21 janvier 2026
Préserver son audition, c’est aussi prendre soin de son cerveau

Chez les personnes âgées, une baisse de l’audition non corrigée, facteur de risque modifiable selon la communauté scientifique, pourrait multiplier par deux à cinq le risque de développer une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée.

Quatorze facteurs modifiables de risque de la maladie d’Alzheimer ont été identifiés dans le rapport de la revue scientifique du Lancet en 2024. 49 % des cas dans le monde seraient retardés ou évités en agissant sur ces facteurs, comme le diabète ou l’hypertension. Autre facteur modifiable selon la communauté scientifique : l’audition. Préserver son audition, c’est aussi prendre soin de son cerveau.

Ces dernières années, de nombreuses études ont mis en lumière un lien entre la perte auditive et le déclin cognitif. Quand l’audition diminue, le cerveau doit redoubler d’efforts pour comprendre, interpréter, combler les manques. Cette surcharge cognitive épuise les ressources disponibles pour d’autres tâches, comme la mémoire ou l’attention. La baisse d’audition génère également des difficultés de communication, ce qui affecte le lien social. Or, l’isolement est lui aussi un facteur de risque bien identifié de déclin cognitif.

Chez les personnes âgées, une baisse de l’audition non corrigée est donc un facteur de risque de développer une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée. Une donnée qui change tout dans la manière d’envisager la prévention.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour agir. Corriger une perte auditive, par exemple grâce à un appareil auditif ou un implant cochléaire, permettrait de réduire significativement le risque de maladie d’Alzheimer ou de maladie apparentée, d’où l’importance, également, d’un dépistage précoce et régulier des problèmes d’audition.

Pour les professionnels de santé et les aidants, ceci implique que le dépistage de la perte auditive doit être envisagé comme un geste de prévention cognitive, et que le port d’une solution auditive adaptée ne relève plus uniquement du confort mais d’une stratégie de santé publique élargie.

L’association France Alzheimer et maladies apparentées avait organisé un colloque en mars 2025 sur l’audition et les troubles cognitifs, en partenariat avec l’association de la Semaine du son et l’Institut Pasteur, en marge de la semaine du cerveau. Parmi les intervenants : Xavier Perrot, maître de conférences des universités, praticien hospitalier à l’Université Claude Bernard Lyon 1, aux Hospices civils de Lyon et au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

Lors du colloque, il a présenté des résultats de méta-analyses de cohortes prospectives, où des populations malentendantes, appareillées pour les uns et non appareillées pour les autres, étaient suivies. « Globalement, vous avez une préservation du risque d’environ 20 % avec l’appareillage auditif. Et donc, le risque de déclin cognitif diminue avec l’utilisation d’un appareillage auditif. »

Xavier Perrot a également relevé que les troubles cognitifs ne devaient pas être un obstacle « à la prise en charge audioprothétique des patients Alzheimer malentendants », avant de relever un paradoxe. « La surdité est un facteur de risque modifiable de dégradation cognitive mais seulement 10 % à 20 % des patients Alzheimer sont appareillés, contre 30 % à 60 % pour les patients âgés qui ne sont pas malades. Pourquoi ? Parce que c’est souvent un traitement considéré comme non-prioritaire, mais également à cause de l’absence de plainte fonctionnelle de la part du patient et d’une surdité masquée par les troubles cognitifs et psycho-comportementaux. »

Xavier Perrot a enfin souligné que les facteurs de risque des pathologies neurodégénératives n’étaient pas exclusifs les uns des autres. « Il faut essayer de favoriser les interventions multidomaines qui vont cibler simultanément plusieurs facteurs de risque. »

Il a terminé son intervention avec ce qui devrait être le credo du soignant et de l’aidant, « qui a aussi sa part dans cette approche de soins intégrés » : « Ce qui est bon pour les oreilles, et pour les yeux, est bon pour le cerveau. »