21 février 2020
L’accueil familial, alternative à l’Ehpad ?

L’entreprise sociale et solidaire Cette famille promeut et développe l’accueil familial en France.

La majorité des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer se retrouvent à un moment dans leur vie en Ehpad. Des alternatives aux maisons de retraite existent, comme l’accueil familial.

« Les Ehpads sont des lieux plus médicalisés, plus sécurisés et plus sécurisants. Mais en établissement, on est obligé de suivre le rythme de la collectivité », explique Manon Cerdan, directrice de l’innovation médico-sociale au sein de l’entreprise sociale et solidaire Cette famille, qui promeut et développe l’accueil familial en France. « L’accueil familial, c’est un accompagnement individualisé où on ne reçoit que trois personnes maximum et où tout se fait en fonction des besoins et des souhaits de chacun. Cela peut se traduire par un séjour temporaire pour offrir du répit à l’aidant. Cela peut aussi évoluer vers du séjour permanent. L’accueil familial, c’est de la dentelle. »

Aidante de sa mère touchée par la maladie d’Alzheimer avec qui elle habite dans la Sarthe, Annick est également accueillante familiale. « Je voulais garder ma maman au sein de ma maison quand cela n’allait plus trop bien chez elle. J’ai donc arrêté mon travail, je suis devenue aidante familiale, et je me suis dit que je garderais bien une autre grand-mère. Ça me permet également,  il faut bien le dire, de gagner de l’argent. »

Manon Cerdan évoque plusieurs profils de personnes devenues accueillants familiaux. « Cela arrive bien souvent que les accueillants soient des personnes qui sont ou ont été aidants eux-mêmes. D’autres se lancent également parce que ce sont des anciens du secteur médico-social comme des aides-soignants ou des infirmiers. »

Et en accueillant cette autre grand-mère, Annick a réalisé son souhait. « Elle ne voulait pas aller en maison de retraite, en Ehpad. C’était une alternative pour elle que de passer par une famille d’accueil. La personne que j’accueille fait comme si elle était chez elle. C’est comme si j’avais deux mamans à la maison. »

Eviter le placement en Ehpad, « c’est aussi bien souvent le souhait des familles de la personne malade », ajoute Manon Cerdan.

Chez Annick, les journées se ressemblent, et tout se fait ensemble : les repas, les jeux… « Les habitudes, les repères… C’est important, c’est apaisant pour les personnes malades », relève Manon Cerdan. « L’angoisse est présente chez les personnes touchées par la maladie d’Alzheimer. Or, en établissement, quand le personnel soignant court partout ou quand on se retrouve parmi d’autres résidents, ça peut être très angoissant. Mais avec l’accueil familial, l’équipe ne changera pas. La seule présence de l’autre est rassurante. »

Manon Cerdan ajoute, et insiste : les accueillants sont formés. « Le métier d’accueillant familial est encadré, notamment par la loi. Il faut déjà faire une demande d’agrément pour le devenir. Et pour recevoir l’agrément, le logement doit être adaptable. Le projet d’accueil sera aussi analysé, comme les motivations, la vie de famille… Il faut aussi s’engager à suivre une formation initiale et continue, et à accepter le suivi du conseil départemental qui est la tutelle du dispositif. »

Ce dispositif de l’accueil familial est d’ailleurs moins coûteux que le placement en Ehpad. « Il faut compter en moyenne 1.000 euros par mois de reste à charge parce que plusieurs aides s’appliquent comme l’APA, les APL et le crédit d’impôt. Il faut compter un reste à charge deux fois plus élevé en Ehpad », glisse Manon Cerdan.

Et Annick de conclure : « Avant, j’avais un métier qui ne me correspondait plus. Je travaillais dans un bar. Là, je suis calme. Je suis avec mes mamies et tout se passe bien. Je ne regrette absolument pas d’avoir changé de travail. »

Vous pouvez écouter ou réécouter l’émission radio consacrée à cette thématique sur Alzheimer la radio.