Premier lauréat de l’action « Aide au retour d’un chercheur prometteur » de l’association France Alzheimer et maladies apparentées, Geoffrey Canet, docteur français ayant travaillé au Canada, a pu bénéficier d’un financement de 300.000 euros sur 3 ans pour l’accompagner dans son projet de recherche en France. Entretien.
Âgé de 32 ans, le Dr Geoffrey Canet est un jeune chercheur. Il est le premier lauréat de la super bourse mise en place par l’association France Alzheimer et maladies apparentées, qui débloque chaque année plus de 2 millions d’euros pour financer des projets de recherche et proposer d’autres soutiens financiers notamment aux jeunes chercheurs. Cette nouvelle bourse vise à aider au retour de chercheurs prometteurs français partis travailler à l’étranger.
Geoffrey Canet, qui travaillait à l’université de Laval au Québec, est revenu en France. Maintenant titulaire au sein de l’Institut de Génomique Fonctionnelle (IGF) de Montpellier, il va pouvoir travailler sur son projet de recherche s’intéressant à l’impact du cycle veille-sommeil dans la régulation de la protéine tau et de la clairance cérébrale.
Nous l’avons rencontré.
Geoffrey Canet, chercheur à l’Institut de Génomique Fonctionnelle (IGF) de Montpellier, premier lauréat de la super bourse France Alzheimer.
Comment s’est déroulé votre arrivée dans votre nouvelle équipe de recherche ?
Très bien, c’est un laboratoire que je connaissais déjà puisque j’ai fait ma thèse à Montpellier. Tout le monde était au courant de mon arrivée, donc j’ai été intégré directement au sein de l’équipe de recherche après avoir réalisé les formations d’intégration obligatoire.
Quelles sont les premières étapes à court terme ?
La première étape va être d’utiliser le financement de France Alzheimer pour du salaire. Je souhaite recruter un ingénieur d’étude sur 36 mois pour travailler sur le projet. Ensuite, j’ai quelques dépenses de matériel, notamment un ordinateur assez puissant pour traiter mes données, ainsi que deux petits incubateurs nécessaires pour travailler avec mes échantillons. Enfin, il y a l’achat de consommables pour le projet, des molécules…
Alors, vous allez travailler sur l’impact du cycle veille-sommeil dans la régulation de la protéine tau, sur la clairance cérébrale, soit le nettoyage du cerveau… Vous nous avez aussi parlé de thermorégulation.
Mon objectif sera notamment de mieux comprendre comment les variations naturelles de notre température corporelle au cours de la journée vont pouvoir influencer notamment le nettoyage du cerveau et l’accumulation des protéines toxiques comme la protéine tau ou encore les protéines amyloïdes qui sont au cœur de la maladie. Et pour ça, on va pouvoir utiliser des modèles expérimentaux, notamment de souris. Je vais aussi avoir accès à des données de patients grâce à des collaborations avec des cliniciens américains. L’objectif est donc de voir si, en agissant sur la température, en la modifiant, en la contrôlant, en la faisant légèrement augmenter par exemple, on va pouvoir ralentir et la propagation de la pathologie à terme. L’idée aussi sera de démontrer que la thermothérapie, comme celle qui pourrait être apportée par le sauna, va pouvoir être un complément prometteur aux approches médicamenteuses.
Ça peut prêter à sourire, mais le sauna, c’est bien un sujet sérieux.
Tout à fait. Ça peut paraître simpliste comme approche, mais en fait, c’est basé sur une étude parue en 2017 par un groupe de chercheurs en Finlande qui s’est rendu compte, en suivant plus de 2500 Finlandais pendant 25 ans, que la pratique du sauna et notamment la fréquence de cette pratique allait être protecteur contre la maladie d’Alzheimer. Et donc, connaissant l’impact de la température corporelle notamment sur la protéine tau, on s’est demandé si la chaleur ne pourrait pas un petit peu détoxifier cette protéine. Et de nos premiers résultats sur nos souris, auxquelles nous avons fait suivre des séances de sauna, on a pu voir que ça avait vraiment un impact positif sur certains marqueurs de la maladie.
Si l’efficience de la thermothérapie est validée, elle pourrait être utilisée, non pas pour empêcher la survenue de la maladie, mais pour la contrôler, pour contrôler des symptômes.
Tout à fait. L’objectif est d’amener une approche très simple à mettre en place pour le patient, en plus d’une approche médicamenteuse, pour optimiser l’efficacité du traitement et ralentir le plus possible la pathologie.
Concernant le poste de chercheur que vous avez obtenu auprès du CNRS, comment s’est déroulé le choix de l’équipe dans laquelle vous alliez travailler ? Est-ce un choix réfléchi en amont de votre projet ou une opportunité qui s’est offerte à vous une fois le poste obtenu ?
Alors, lorsque l’on candidate à un poste, nous devons remplir un dossier présentant notre projet ainsi que le choix d’un laboratoire d’accueil qui sera parfaitement adapté à la réalisation du projet. J’avais déjà, à ce moment, l’équipe de recherche, qui était prête à me recevoir, ainsi que la promesse de financement de France Alzheimer. Cela a sans doute beaucoup joué dans mon dossier. Le jury savait donc que j’étais prêt à commencer très rapidement sur mon projet puisque je bénéficiais des ressources mais aussi de l’expertise et du matériel d’une équipe de recherche reconnue, dirigée par le Dr. Philippe Marin et incluant des spécialistes de la maladie d’Alzheimer tels que les Drs. Laurent Givalois et Sylvie Claeysen.
Et comment s’insère votre projet dans les thématiques de l’équipe ? Allez-vous créer votre propre équipe au sein du laboratoire, ou votre thématique s’articule autour des axes de recherche du laboratoire ?
Je travaille bien sur un projet qui est le mien, mais il rentre bien dans les thématiques de l’équipe et sera très complémentaire des projets réalisés par les Drs. Laurent Givalois et Sylvie Claeysen. On va donc tous pouvoir s’aider, sur un plan technique, ce qui me donne accès à un savoir-faire supplémentaire, notamment en protéomique, mais je reste indépendant sur mon propre sujet. Le laboratoire regroupe plusieurs chercheurs partageant une affinité thématique avec une expertise pluridisciplinaire, ce qui en fait sa force. Nous avons par exemple trois chercheurs qui travaillent sur la maladie d’Alzheimer, mais dans des domaines bien différents. Nous pouvons donc s’associer pour dynamiser nos projets respectifs. C’est un cercle vertueux.
Et pour votre projet, avez-vous prévu des collaborations avec d’autres équipes de l’IGF ou des équipes internationales ?
Oui, et c’est aussi l’une des forces de l’IGF. J’ai déjà prévu une collaboration avec l’équipe de Nicolas Marchi, à l’étage juste en-dessous, avec qui j’ai déjà travaillé, et bien entendu je souhaite garder mes collaborations avec les Etats-Unis et le Québec pour pérenniser nos projets. Pour moi, il était impensable d’oublier ces chercheurs formidables qui ont largement contribué à ma culture scientifique et avec qui j’ai publié de bons articles.
Nous parlions d’étapes au début de cet entretien. Comment se prépare 2026 ? Quelles sont vos ambitions pour le futur ?
Le premier objectif, c’est de m’installer dans le laboratoire et de commencer le projet. L’année 2026 va marquer l’arrivée de l’ingénieur et la base de ce projet financé par l’association. Ensuite, je souhaite renforcer mon équipe avec un étudiant en thèse en 2027 et pourquoi pas quelques étudiants en master. J’ai aussi demandé une bourse auprès de l’Université de Montpellier pour financer un contrat postdoctoral. Avec autant de renforts, j’ai bon espoir de progresser rapidement dans le projet pour viser une évolution d’ici 4 à 5 ans avec un HDR (Habilité à diriger des recherches). Cela me permettra de gagner en indépendance, notamment en encadrant un étudiant en thèse de manière individuelle.
Très bien, merci Geoffrey Canet, et toutes nos félicitations encore pour votre beau parcours.
Merci, et permettez-moi de remercier les donateurs de France Alzheimer et maladies apparentées qui rendent possible ce type de soutien. C’est très important pour moi, et pour les chercheurs en général, de pouvoir compter sur ce type de financement qui permet de réaliser des projets comme le mien. Enfin, je souhaiterais remercier l’association de m’avoir accordé sa confiance en sélectionnant mon projet via ce financement exceptionnel qui va vraiment me permettre de dynamiser ma carrière et de mettre toutes les chances de mon côté pour concrétiser ce projet.
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