8 avril 2022
Alzheimer et retrait du permis, même avant le diagnostic : stupeur et colère

France Alzheimer dénonce un nouvel arrêté interdisant la conduite aux personnes atteintes de pathologies neuro-évolutives de type maladie d’Alzheimer dès que le diagnostic est tombé, et même dès l’apparition de troubles cognitifs. La Sécurité routière, et donc le ministère de l’Intérieur, pourrait opérer une marche arrière.

Un arrêté actualisant une liste des affections médicales incompatibles avec la conduite d’un véhicule a été publié ce dimanche 3 avril au Journal officiel. Parmi les affections nouvelles : les troubles cognitifs des pathologies neuro-évolutives de type maladie d’Alzheimer et maladies apparentées. Pour dire les choses clairement : le diagnostic de la maladie va de pair avec le retrait des clés. “Incompatibilité définitive si le diagnostic est tombé”, peut-on lire dans l’arrêté.

“Les personnes atteintes de troubles cognitifs liés à ces pathologies ne doivent plus conduire dès l’apparition d’un déclin cognitif”, précise même la Sécurité routière dans un communiqué, dans une formule pour le moins absconse.

La décision d’incompatibilité peut même être prise avant le diagnostic. “Tant que le doute sur la nature du trouble subsiste”, lit-on également dans le Journal officiel. “Un avis spécialisé est demandé sans délai auprès d’une équipe pluriprofessionnelle qui comprend un ou des médecins spécialistes.”

Cet arrêté a surpris l’association France Alzheimer et maladies apparentées. Son directeur délégué Benoît Durand a tout d’abord cru à un poisson d’avril avec quelques jours de retard.

Cet arrêté pose de nombreuses questions. Qui prend la décision ? Quelles mesures pour accompagner les personnes malades et les aidants ? Quelles solutions leur proposer face aux problèmes de mobilité ?

L’association a également ressenti de l’incompréhension et de la colère, parce qu’elle est notamment impliquée avec la Fondation Médéric Alzheimer, ainsi que la Prévention routière, et donc l’État, dans une étude sur la mobilité, la conduite automobile et Alzheimer. Les conclusions devraient être dévoilées dans quelques mois.

Retirer les clés de la voiture à une personne malade, c’est inévitable. Mais une personne malade n’est pas l’autre. Et puis, il existe des paliers dans la maladie. Il faut, en outre, accompagner la personne malade et son proche aidant dans cette étape de leur vie, lui proposer des solutions en termes de mobilité…

Déjà une marche arrière ?

France Alzheimer et maladies apparentées n’a pas été la seule structure à s’indigner. Cela a été également le cas de la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie (SFGG), de la Fédération des Centres Mémoire (FCM), de l’association Old’Up ou encore de la Fondation Médéric Alzheimer.

Face à l’incompréhension et au tollé, la Sécurité routière a semblé faire assez rapidement un pas en arrière. “Il ne s’agit pas d’interdire de conduire aux personnes qui viennent d’être diagnostiquées Alzheimer”, a déclaré au Parisien l’organisme qui dépend du ministère de l’Intérieur, dans un article publié le 4 avril, contredisant ainsi l’arrêté et le communiqué de presse. “Cet arrêté comporte en réalité plusieurs échelles : d’abord, le médecin traitant livre son analyse mais il peut demander l’avis d’un médecin agréé qui lui-même peut demander des tests cognitifs.”

Dans un communiqué de presse conjoint, la SFGG, la FCM, France Alzheimer et Old’Up ont appelé à une réflexion collective avec la Sécurité routière, qui a déjà manifesté son accord pour faire évoluer l’arrêté et reprendre les travaux tous ensemble. Et dès maintenant, France Alzheimer va saisir le défenseur des droits pour lui demander de se positionner sur cet arrêté.

992x500