24 juin 2026
Alain Chamfort, porte-voix des aidants

Sur la scène de The Voice, Alain Chamfort a interprété Prendre soin, une chanson dédiée aux aidants qu’il a écrite pour France Alzheimer et maladies apparentées. Cet engagement pour l’association, il le puise dans son histoire personnelle : celle d’un fils confronté à la maladie d’Alzheimer de sa mère et d’une rencontre déterminante avec l’association. Témoignage d’un ambassadeur qui sait, par expérience, combien l’accompagnement des familles est essentiel.

Ce 19 décembre, Alain Chamfort monte sur la scène de The Voice dans le cadre d’un événement exceptionnel réunissant des talents de l’émission et d’autres artistes au profit de France Alzheimer et maladies apparentées. À côté de lui, se tient Mentissa, finaliste de la saison 10 de The Voice. Et derrière eux, la chorale… Après quelques mots au micro du présentateur-vedette Nikos Aliagas, Alain Chamfort entonne les premiers vers de sa nouvelle chanson, Prendre soin, dédiée aux aidants et qu’il a écrite pour l’association : « Prendre soin, de soi, des siens/Prendre la main, prendre le chagrin… »

L’interprète de Manureva, Le temps qui court, Bambou, Le désordre des choses et Les microsillons est ambassadeur de France Alzheimer et maladies apparentées. En 2025, année des 40 ans de l’association, il a multiplié les interventions pour l’association. Il a livré son témoignage pour la collection Territoire de l’intime, participé à un plateau de 15 minutes sur France Inter, raconté son vécu lors d’un ciné-débat à Paris… En 2026, il a notamment déjà participé au Big Bang du Figaro, une émission télévisée consacrée à la santé.

Alain Chamfort
Alain Chamfort

« Je me sens légitime d’en parler »

« La maladie, je la connais, alors, je me sens légitime d’en parler », glisse Alain Chamfort, qui connait aussi très bien l’association France Alzheimer dont il est devenu un des ambassadeurs.

La maman d’Alain Chamfort est diagnostiquée à la fin des années 1990, un peu avant ses 80 ans. Elle est, un temps, consciente de la maladie qui la gagne peu à peu. Elle prend des notes dans des carnets, que ses enfants retrouveront plus tard.

« Le plus difficile, ça a été pour mon père. Il n’était pas prêt pour ça. Mon père m’a appelé au secours régulièrement. Ma soeur et moi prenions le relais pendant les moments de crise. On s’accrochait aux moments où on avait l’impression que la maladie s’éloignait. On commençait à s’habituer, sans l’accepter, puis on la retrouvait comme avant d’être diagnostiquée. Ça nous bousculait. »

Puis, il y a la période des fugues, et des injures, comme cela peut parfois arriver. « Pour la personne qui partage la vie de la personne malade, c’est extrêmement déstabilisant. Et quand c’est votre mère, il y a quelque chose comme ça d’insupportable. »

« Mon père a compris qu’il n’était pas seul »

Alain Chamfort entre alors en contact avec France Alzheimer. « Je ne sais plus exactement comment ça s’est passé, mais toujours est-il qu’une bénévole de l’association départementale du Val d’Oise nous a aidé, ce qui a permis de soulager mon père, de lui offrir du répit. Mes parents sont même partis en séjour à Figanières. C’est dans le Var, à côté de Draguignan. C’était amusant parce que mes parents avaient vécu dans ce village. J’ai compris à ce moment ce que pouvait apporter cette association dont j’étais d’ailleurs devenu membre. Mon père a trouvé une écoute. Il s’est aperçu qu’il n’était pas seul en discutant avec d’autres aidants. Les bénévoles chez France Alzheimer sont souvent d’anciens aidants. Ils savent de quoi ils parlent. »

Après le décès du père d’Alain Chamfort en 2001, lui et sa soeur prennent le relais. Ils passent autant de temps que possible auprès de leur mère. « On a observé que de chanter des petits airs avec elle remettait une étincelle dans son regard, permettait d’obtenir un sourire. Les paroles d’une chanson, elles se posent sur la musique. Et comme la musique s’adresse à une forme de mémoire qui a l’air plus résistante, maman se rappelait la mélodie. Et la mélodie lui rappelait également le texte. Quand j’ai vu que ça lui apportait des moments de joie, que de la vie revenait en elle, j’ai utilisé la musique pour recréer cela le plus souvent possible. »

Un investissement naturel

Après le décès de sa mère, Alain Chamfort est resté en contact avec l’association. Il veut s’investir. « Je sais ce que cette maladie représente, je l’ai vécue. Alors, j’essaie d’apporter ce que je peux. Ce n’est pas inutile, je crois. Je veux être un relais, faire en sorte que les personnes puissent apprendre ce que fait France Alzheimer. Oui, on finance la recherche mais tant qu’il n’y a pas de traitement, il faut bien accompagner les familles, les aider. »

Le chanteur participe volontiers à des événements où il peut témoigner. Il parle aussi de son vécu autour de lui. « L’expérience personnelle, c’est la seule qui compte. J’ai pu entendre des témoignages de personnes qui ont vécu ce que j’ai vécu, avant que ça ne m’arrive ; des personnes que je voyais souffrir. Je compatissais, sans bien me rendre compte de quoi il s’agissait. Il a fallu que je le vive personnellement. Je pense qu’il vaut mieux en parler pour que les personnes sachent que, si un jour ça doit leur arriver, qu’ils ne sont pas seuls. Que des organisations existent pour les aider. Et puis, il faut en parler pour éviter que l’on ne soit pas dans le silence, dans un tabou. »

D’ailleurs, quand le parolier d’Alain Chamfort, Pierre-Dominique Burgaud, est confronté à la maladie de sa maman, il lui donne quelques conseils. « Ma mère se trouvait dans un établissement spécialisé en Loire-Atlantique. J’habitais Paris, j’allais la voir autant que possible, mais je cherchais des dames de compagnie pour qu’elle ait plus de visites », explique Pierre-Dominique Burgaud. « J’en ai trouvé une et Alain m’a parlé de l’association. Il m’a dit que des bénévoles de France Alzheimer pourraient peut-être le faire aussi. Et effectivement, une dame est venue pendant plusieurs mois voir ma maman. Je l’ai rencontrée, cette bénévole. Elle s’appelle Hélène. Elle était formidable. Cela faisait du bien à maman. Elle a été prof de français et cette bénévole était littéraire. »

En 2024, Alain Chamfort sort L’Impermanence (BMG), un splendide et touchant album dont les titres délicats sont écrits par Pierre-Dominique Burgaud. Cet opus évoque des thématiques qui habitent le chanteur : « l’avancée dans l’âge, le rapport au temps, le regard changeant qu’on a sur les choses, les réflexions qui nous traversent, quand on arrive où je suis : est-ce qu’on a bien fait ? Est-ce qu’on aurait pu faire mieux ? », confie l’éternel dandy, après avoir vaincu un cancer des os, au Monde en août 2024.

La chanson À l’aune résume probablement le mieux ces réflexions : « Nous ne fîmes que ce que nous pûmes/Et nous voilà, là, au coeur de la nuit/Et nous voilà, là, nus et démunis/Nous demandant si/À l’aune de quoi, estimer nos vies? / À l’aune de toi, l’ai-je réussie? Cela me suffit. »

Alors, Alain Chamfort compte bien continuer à apporter sa pierre à l’édifice, à témoigner. À se rendre utile, à prendre soin, jusqu’au bout.