Quinze petites bandes dessinées sont proposées sur le compte Instagram de Mâtin, quel journal !, un projet numérique des éditions Dargaud, en collaboration avec France Alzheimer. Objectif : informer et sensibiliser un public plus jeune à la maladie. Rencontre avec l’illustratrice Maxence Texerault.
Tous les matins à 7h07 tapantes, le compte Instagram de Mâtin, quel journal ! propose une BD pour parler d’actualité et de sujets de société, en collaboration avec divers acteurs. Parmi eux : l’association France Alzheimer et maladies apparentées.
Toutes les deux semaines depuis septembre, un nouvel épisode est diffusé. Chaque épisode s’attarde sur un sujet en particulier et il est composé d’une dizaine de slides, qui correspondent à des bulles, pour les amateurs de bandes dessinées. Le nom de la série en lien avec Alzheimer : Tête brouillée. Son autrice : la pétillante Maxence Texerault, âgée de 27 ans.
Maxence Texerault, qui est passée par l’école de dessin Emile Cohl à Lyon (Rhône), est l’artiste de la famille. « Mes parents ne le sont pas, mais ce sont des créatifs, des manuels. Moi, je dessine depuis que je suis toute petite. Je racontais ma vie en dessin. Le dessin, ça a toujours été une source de bien-être pour moi. Je peux libérer mes émotions, qu’elles soient négatives ou positives d’ailleurs. En fait, j’ai du mal à écrire et à dessiner sur des sujets pour lesquels je n’ai aucun affect ou aucune connaissance. ».
« J’aime aussi me renseigner sur des sujets que je ne maîtrise pas. J’aime beaucoup me retrouver à bosser sur des sujets auxquelles je n’aurais pas nécessairement pensé me cultiver. C’est pour cette raison que j’aime beaucoup la BD documentaire. »
« Rendre hommage à mes grands-parents »
Mais Alzheimer, Maxence Texerault en connaissait déjà un bout… Quand le projet des éditions Dargaud et de France Alzheimer et maladies apparentées s’est mis en place, et que le profil de Maxence Texerault a été sélectionné, l’illustratrice s’est replongée dans sa propre histoire pour s’en inspirer.
« Le nom de cette série, Tête brouillée, c’est d’ailleurs en référence à mes grands-parents paternels, ils s’appelaient Andrée et Camille », explique l’illustratrice, originaire de Blois (Loiret- Cher) et aujourd’hui citoyenne de l’île de Ré (Charente-Maritime). « Ma grand-mère était une bonne cuisinière, un véritable cordon bleu. C’est elle qui est tombée malade en premier. Elle ne pouvait plus faire à manger. Alors, mon grandpère s’est mis aux fourneaux, mais il ne savait pas cuisiner. Il ne faisait que cuire des oeufs. Je pense que Papi ne voulait pas se rendre compte que mamie avait un problème et qu’il fallait intervenir. Il devait être dans une sorte de déni, je pense. Et plus tard, c’est lui qui tombera malade. Voilà, cette série et son nom, Tête brouillée, c’est quelque part aussi pour leur rendre hommage. »
Dans le premier épisode de Tête brouillée, Maxence Texerault s’est même représentée, en adolescente avec un pull Tom & Jerry – « c’était mon dessin animé préféré quand j’étais petite » – et posant cette question : « Pourquoi mamie répète tout ? » « J’ai vraiment posé cette question », se souvient notre interlocutrice.
Quinze différents épisodes ont été imaginés, en collaboration avec l’association. Ils abordent divers sujets : la physiopathologie de la maladie, les premiers signes de la maladie, le déni, les aidants, les personnes malades jeunes, les aides qui existent et notamment celles de France Alzheimer, la question de l’hérédité, les conflits familiaux…
« Je me suis donc beaucoup renseignée pour essayer de mieux comprendre la maladie et pour pouvoir aborder avec justesse et précision ces divers thèmes », poursuit l’illustratrice. « J’ai aussi par exemple regardé les témoignages Territoire de l’intime de France Alzheimer. D’ailleurs, à ce sujet, mon père voulait que je mette mon casque quand je regardais les témoignages et qu’il était présent. Je pense qu’il ne voulait pas repenser à ce qu’il avait traversé. Ce qu’il a vécu avec ses parents, c’était une période très difficile pour lui. »
« Des BD ancrées dans le réel »
Maxence Texerault s’inspire également beaucoup de ce qu’elle entend autour d’elle. Elle en parle par exemple avec sa colocataire, dont la grandmère est malade. « Comme il y a 1,4 million de personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée en France, on en entend forcément parler autour de soi. C’est quand même un Français sur 50. C’est beaucoup, et en même temps, ça ne me surprend pas. La population française vieillit et l’âge est le premier facteur de risque», glisse notre interlocutrice. « J’en parle donc autour de moi pour m’inspirer de ce que vivent vraiment les personnes. Je veux ancrer mes BD dans le réel. Ce sont de véritables histoires, de véritables paroles, tout en sachant qu’une personne malade n’est pas l’autre non plus. La maladie se traduit différemment chez les personnes. Ma grand-mère était par exemple devenue très douce, alors que mon grand-père était plutôt devenu agressif. C’est important à mes yeux de s’inspirer du vécu des familles pour que ceux qui verront la BD s’identifient. »
La difficulté dans ce type de projet numérique, c’est d’être à la fois concis et précis. « C’est vrai, et ce n’est pas simple, mais j’aime vraiment la BD documentaire et ce support en particulier qui permet de parler de sujets sérieux et compliqués comme Alzheimer à un autre public, un public plus jeune. »
Mâtin, quel journal ! est suivi par près de 200 000 abonnés. Sept épisodes de la série Tête brouillée ont déjà été diffusés, huit autres doivent encore suivre.






