7 avril 2026
37ème conférence ADI : Relancer une dynamique politique forte en France

La 37ème conférence mondiale d’Alzheimer’s Disease International (ADI) aura donc lieu à Lyon du 14 au 16 avril 2026. Cet évènement, incontournable dans le domaine, bénéficie d’une mobilisation extraordinaire. Après avoir reçu un nombre record d’abstracts pour nourrir son programme, cet évènement bat un record d’inscriptions avec 1 300 participants à date, venus de 90 pays différents.

Découvrir le programme

Ce chiffre témoigne d’un engagement concret, collectif, international à faire bouger les lignes afin de répondre à cet enjeu majeur de santé publique, partout dans le monde. Alors que nous nous trouvons dans un contexte très dynamique d’évolution des pratiques et d’arrivées d’innovations diagnostiques et thérapeutiques, la présence de personnalités de haut niveau, notamment de deux ambassadrices de renommée mondiale comme la Reine Sofia d’Espagne et la Princesse Muna de Jordanie, envoie un signal fort : notre mobilisation doit être la plus large possible pour consolider les réponses que nous apportons aux personnes malades et à leurs proches aidants, tout au long de leurs parcours de soins et de vie.

En France, un retard préoccupant face à l’ampleur des enjeux

Du côté de la France, alors que le nombre de personnes malades n’a cessé et ne cesse d’augmenter, nous constatons, depuis trop longtemps, un essoufflement de la volonté politique d’engager les mesures nécessaires à l’amélioration du quotidien des familles, où qu’elles se trouvent sur notre territoire.

Au niveau international, la France a pourtant longtemps fait office de leader dans le domaine, notamment grâce au déploiement du Plan Alzheimer 2008-2012. Ce dernier a permis de réelles avancées et les familles ont pu constater les avancées concrètes mises en œuvre pour répondre à des besoins croissants : création de structures dédiées, structuration d’une filière de soins, meilleure reconnaissance de la maladie, montée en compétence des professionnels… Ces progrès ont été majeurs, et ils doivent être salués.

Mais aujourd’hui, force est de constater que cette dynamique s’essouffle et percute violemment les attentes de familles, toujours plus nombreuses, que notre association représente et accompagne au quotidien. Les acquis de ce Plan ne suffisent plus aujourd’hui et les plans qui ont suivi n’ont pas bénéficié de moyens suffisants pour suivre le rythme d’une augmentation croissante des besoins.

Les revendications sont nombreuses : reconnaissance du handicap cognitif, lutte contre les inégalités d’accès aux structures et dispositifs adaptés, réduction des délais d’attente (Equipes spécialisées Alzheimer (ESA) ou consultations mémoire…), formation des professionnels de santé et du médico-social aux spécificités de ces pathologies, soutien adapté aux proches aidants… pour ne citer qu’elles.

Les messages envoyés par certaines décisions en France sont mêmes contradictoires et semblent pour certaines, issues d’une méconnaissance avérée et atterrante de ces pathologies et de leurs répercussions sur le quotidien des familles concernées (déremboursement des traitements symptomatiques en juin 2018, arrêté d’avril 2022 relatif à la conduite automobile, refus de la HAS d’accès pour les traitements innovants).

Une nouvelle stratégie nationale dédiée aux maladies neurodégénératives

Le 4 septembre dernier, grâce à la détermination de nombreuses parties prenantes dans notre pays, dont France Alzheimer et maladies apparentées, une nouvelle Stratégie nationale dédiée aux maladies neurodégénératives a finalement été annoncée et lancée, avec un horizon 2025–2030.

Les acteurs de terrain, dont notre association, l’ont salué et y ont activement contribué. C’est une promesse forte et nous ne lâcherons rien pour qu’elle se transforme en actions concrètes. Car, alors que nous sommes en mars 2026, le travail concret et le démarrage de cette stratégie restent fragiles et peinent à prendre l’ampleur nécessaire pour faire véritablement face aux enjeux.

Ce décalage entre les annonces et leur mise en œuvre pose question. Il alimente un sentiment d’attente, voire d’inquiétude, chez tous ceux qui sont engagés au quotidien et de désarroi chez les familles directement concernées.

Les Plans dédiés et financés sont pourtant reconnus comme l’outil nécessaire, indispensable à la lutte contre ces pathologies partout dans le monde, comme le rappelle l’OMS dans son « Plan mondial d’action de santé publique contre la démence », prolongé de 6 ans face à l’ampleur des répercussions. Comme le rappelle le rapport « From Plan to Impact VIII » publié par ADI tous les ans, en 2025, seuls 45 pays avaient déployé un plan dédié. Dans ce classement, la France, avant le lancement d’une stratégie globale en septembre, dédiée aux maladies neurodégénératives dans leur ensemble, n’apparaissait pas parmi les pays les plus engagés sur le sujet, tant l’inertie politique était encore palpable dans le domaine.

Le rapport – page 23 : « Il est regrettable que d’anciens leaders sur la scène mondiale dans le domaine, dont la France et le Royaume-Uni, aient laissé leurs plans dédiés tomber à l’eau ou les aient intégrés à des réformes globales, qui peuvent manquer de transparence sur les budgets et les objectifs dédiés ».

La conférence internationale : un levier d’action pour relancer la dynamique au niveau national

Accueillir la conférence internationale d’ADI en France représente donc une opportunité majeure pour notre pays de prendre la mesure de cette priorité de santé publique et d’amorcer le virage tant attendu par les familles.

Nous n’avons plus le temps d’attendre et notre pays accuse un retard déjà délétère i en termes de prévention, d’accès au diagnostic, d’accès aux soins et aux interventions non médicamenteuses, d’hébergements adaptés, de reconnaissance et d’accès aux droits pour les personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée et leurs proches aidants.

La conférence à Lyon va nous offrir une formidable plateforme d’apprentissage, de visibilité, d’échanges de bonnes pratiques, de débats exigeants… La mobilisation est là. Les acteurs sont prêts. Les solutions existent. Les exemples internationaux montrent que des progrès rapides sont possibles lorsque la volonté politique est au rendez-vous.

Écoutez le Professeur Audrey Gabelle nous parler de l’importance de cette conférence :

Il ne manque qu’une chose : la détermination de notre pays à rompre avec le silence et l’inaction actuels, à entendre les espoirs et les attentes des familles, à se saisir de ce moment, de cette dynamique internationale et pluridisciplinaire, au bénéfice des personnes malades et de leurs proches aidants. France Alzheimer souhaite que cet événement serve aussi de levier pour replacer la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées au cœur de l’agenda politique en France et des préoccupations sociales et sociétales majeures.

Pour s’inscrire à la conférence internationale et rejoindre la mobilisation : https://adiconference.org/registration

S’inscrire

En marge de cet évènement mondial, pour susciter cet élan national que nous appelons de nos vœux, France Alzheimer organisera, le 10 avril prochain, au ministère de la Santé, un symposium « Alzheimer : prévention et diagnostic – Il est urgent d’agir ».

Ce temps d’échanges réunira experts, chercheurs, représentants associatifs, directions ministérielles et décideurs publics afin de partager les constats nationaux et internationaux et de débattre des leviers d’action à notre disposition pour appréhender, ensemble, l’urgence qu’il y a à agir face à cet enjeu majeur de santé publique.

Les discussions s’articuleront autour de plusieurs séquences dédiées à la prévention primaire, au diagnostic précoce et aux interventions non médicamenteuses, en présence d’acteurs engagés dans ces domaines.