10 février 2026

Quand la science émerge de l’empathie

Psychiatre spécialisée en gériatrie à l’hôpital Broca à Paris où elle est cheffe de service aujourd’hui, Anne-Sophie Rigaud Monnet est passionnée par la recherche depuis toujours. Elle est titulaire d’une thèse en science et d’une habilité pour diriger une équipe. Soucieuse du confort des personnes âgées et de celles atteintes de la maladie d’Alzheimer en particulier, elle articule ses travaux de recherche autour, entre autres, de l’accompagnement des personnes malades, des aidants et des professionnels en testant des outils technologiques.

Anne-Sophie Rigaud Monnet, Professeur de médecine gériatrique
Crédits : Anne-Sophie Rigaud Monnet, Professeur de médecine gériatrique – Université Paris-Descartes, Psychiatre spécialisée en gériatrie à l’hôpital Broca, membre du Conseil Scientifique sciences humaines et sociales de France Alzheimer.

 

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, ce 11 février, elle a accepté de répondre aux questions de France Alzheimer pour faire connaître davantage son parcours personnel ainsi que professionnel.

Comment est née l’idée de faire des études de médecine ?

Il y a une histoire familiale là-derrière, même si aucun de mes proches n’était médecin. Mon grand-père craignait beaucoup la maladie et il exprimait constamment le souhait que sa petite-fille unique devienne médecin. À force d’être évoquée, l’idée a germé jusqu’à devenir une évidence et orienter mes choix d’études.

La gériatrie après la psychiatrie était comme une évidence pour vous ?

C’était une histoire de rencontres avant tout. Lors de mon cursus comme cheffe de clinique à l’hôpital Bicêtre dans le Val-de-Marne, mon supérieur de l’époque a constaté que j’avais les bonnes compétences pour accompagner les patients âgés. Il m’a suggéré par la suite d’intégrer l’équipe de Françoise Forette, médecin et ancienne cheffe de service à l’hôpital Broca ; une opportunité que j’ai acceptée. Son dynamisme et son engagement dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer étaient très stimulants au point de m’amener naturellement vers la recherche. Par ailleurs, son travail sur l’accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer, des aidants et des professionnels était en adéquation avec ma spécialité en tant que psychiatre. Cette convergence des approches a amené une complémentarité au sein de l’équipe.

Pourriez-vous nous dire où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets de recherche ?

Nos travaux portent sur les technologies, et nous collaborons sur des projets nationaux et européens, car nous sommes désormais devenus des pionniers dans ce domaine, ce qui explique que l’on fasse régulièrement appel à nous. Nous nous intéressons plus précisément aux interactions homme-robot, en évaluant à la fois leur acceptabilité et leur bénéfice. D’un côté, les robots peuvent soutenir la logistique et soulager les aidants. De l’autre, ils offrent aux patients une interaction complémentaire à celles des soignants. D’ailleurs, dans le cadre des séances de psychomotricité, nous avons observé que les patients participent mieux quand la psychomotricienne est accompagnée par des robots. Cette meilleure adhésion semble liée au fait que les patients ne se sentent pas jugés. Ces dispositifs jouent également un rôle dans les salles d’attente. L’interaction avec les robots contribue à réduire le stress et l’anxiété. Cela fait oublier aux patients pourquoi ils étaient là, même si c’est pour un court instant.

Que pensez-vous de la place de la femme dans la science ?

Je pense que la place des femmes dans la science est insuffisante aujourd’hui. Il reste encore du chemin pour faire en sorte que les choses s’améliorent. Il y a peu de femmes dans les postes de responsables de laboratoire de recherche par exemple, elles représentent moins d’un tiers. D’ailleurs, pour l’anecdote, en 2001, je venais d’être nommée professeure, et quand j’allais chercher mes patients en salle d’attente, certains d’entre eux croyaient que je venais les chercher pour les accompagner au bureau du « professeur » Rigaud : un homme.

Avez-vous un message pour les filles qui n’osent pas se diriger vers la science ?

Mon message s’adresse plutôt aux parents et aux enseignants car les filles ont besoin d’avoir confiance en elles. Il est important de les accompagner dès le plus jeune âge pour comprendre que la science n’est pas réservée aux garçons. La science, ce n’est tout simplement pas une question d’hommes ou de femmes. Je remercie d’ailleurs France Alzheimer d’avoir cru en mon projet, pour l’avoir financé en 2009 ; Sans ce soutien, le projet Usage sur le développement des outils technologiques afin d’accompagner les patients, les aidants et les professionnels n’aurait pas vu le jour.

 


 

Des parcours inspirants au cœur de la recherche

Pr Anne-Sophie RIGAUD MONNET

Professeur de médecine gériatrique à l’université Paris-Descartes et Membre du Conseil Scientifique des sciences humaines et sociales de France Alzheimer.

Dr. Laure VERRET

Enseignante chercheure à l’Université de Toulouse et membre du Conseil Scientifique en science médicale de France Alzheimer.
Chiara Bordier, Doctorante à l’Institut de Neurophysiopathologie de Marseille, Bénéficiaire du Parrainage Jeunes Chercheurs France Alzheimer

Chiara BORDIER

Doctorante en 3ème année de Thèse, l’Institut de Neurophysiopathologie de Marseille, bénéficiaire du Parrainage Jeunes Chercheurs de France Alzheimer.