Des scientifiques français ont montré que l’injection d’une protéine de type pseudo-prion a pu protéger le cerveau de la maladie d’Alzheimer chez la souris.
Des scientifiques français ont montré que l’injection d’une protéine de type pseudo-prion a pu protéger le cerveau de la maladie d’Alzheimer chez la souris.
Pour comprendre l’intérêt et la portée des résultats de l’étude menée par une équipe de scientifiques pilotée par des chercheurs du CNRS et de l’université Grenoble Alpes, il faut tout d’abord expliquer et comprendre ce qu’est l’intrigante mutation islandaise, découverte en 2012. Les porteurs de cette mutation génétique associée à la production d’une forme très rare de peptide béta-amyloïde bénéficient de meilleures facultés cognitives que les autres personnes lorsqu’elles vieillissent, et elles sont épargnées par la maladie d’Alzheimer.
« Cette découverte a pu renforcer l’idée que la maladie vient de la production d’un peptide naturellement produit par le cerveau, mais qui devient pathologique quand il est produit en excès », explique Alain Buisson, professeur à l’université Grenoble Alpes. « Nous avons voulu comprendre le mécanisme de cet effet et nous avons pu reproduire, sur des modèles cellulaires, la mutation en question et étudier ses effets bénéfiques. Nous nous sommes aperçus que nous avions la production d’un peptide, que l’on retrouve dans la maladie d’Alzheimer, mais qui avait perdu sa toxicité. Il ne détruisait plus les synapses, il est devenu inoffensif. »
Au même moment, Marc Dhenain, directeur de recherche au CNRS actif au laboratoire des maladies neurocognitives à Fontenay-aux-Roses, travaillait sur les prions. « Ce sont des protéines avec une forme anormale », relève-t-il. « Nous avons tous des prions avec une forme normale dans notre corps, mais quand ils deviennent anormaux, ils peuvent tuer nos cellules. Ils peuvent communiquer leur forme anormale à des protéines normales et ils se propagent. Or, nous savons que les protéines impliquées dans la maladie d’Alzheimer se comportent comme des prions. C’est pourquoi nous parlons de pseudo-prions. »
Les deux hommes ont alors décidé de travailler ensemble. Et si la mutation génétique pouvait être reproduite, grâce à des peptides de type islandais qui agiraient comme des prions ?
« Avec le docteur Buisson, nous avons produit des protéines islandaises et nous les avons inoculées dans des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer, dans des souris », poursuit Marc Dhenain, par ailleurs vice-président du conseil scientifique Sciences médicales et biologiques de l’association France Alzheimer et maladies apparentées. « Nous attendions un effet sur l’amyloïde mais l’effet protecteur a été beaucoup plus important que prévu. En réalité, on protégeait contre l’ensemble des lésions liées à la maladie d’Alzheimer : la protéine amyloïde et Tau, ainsi que contre la perte des synapses, autre marqueur majeur de la maladie d’Alzheimer. Cela a également permis de protéger contre les atteintes comportementales, contre les pertes de mémoire ; bref, contre quasiment tous les symptômes de la maladie d’Alzheimer. Il a même suffi d’une seule inoculation de cette protéine protectrice pour avoir des effets pendant plusieurs mois. Pourquoi ? Parce que nous avons ce fameux effet prion. Probablement que la protéine que l’on inocule entraîne une réaction en chaîne pour multiplier les protéines protectrices. C’est vraiment exceptionnel. »
Les conclusions de cette étude sont réellement prometteuses. Marc Dhenain ajoute que la protéine protectrice « n’est toutefois pas directement utilisable chez les humains ». « On ne peut pas, comme ça, injecter cette molécule dans le cerveau d’êtres humains. Des développements sont donc nécessaires. »
« Notre but, c’est essayer de convertir ces expériences, de transformer un peptide en médicament », enchaîne Alain Buisson. « Il y a encore beaucoup d’obstacles pour arriver à des structures chimiques qui reproduisent l’effet de cette protéine. Mais nous y consacrons tout notre temps et notre énergie. Et les résultats obtenus jusqu’à présent nous motivent à poursuivre dans cette direction. Les perspectives de développement d’un traitement, c’est quelque chose qui nous anime de manière très aiguë, Marc Dhenain et moi-même. »
Les deux scientifiques remercient au passage l’association France Alzheimer et maladies apparentées, « qui a soutenu nos travaux et qui les a rendus possibles ». « Pour nous, ça a été crucial dans la réussite de ce travail. »