12 avril 2022
Un nouveau regard sur la détection de la maladie

L’analyse de la rétine de l’œil pourrait permettre de diagnostiquer plus rapidement une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée.

Si l’on dit que les yeux sont le reflet de l’âme, ils sont également une « fenêtre sur notre cerveau ». On peut ainsi retrouver dans les yeux, et plus particulièrement dans les rétines des patients atteints de certaines pathologies neurodégénératives, des plaques amyloïdes, que l’on remarque dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée.

La rétine est cette fine membrane, composée de plusieurs couches, qui tapisse le fond de l’œil et qui permet la vision. Tout comme la pellicule d’un appareil photo, son but est de capter la lumière avec ses récepteurs et de transmettre cette information à notre cerveau par le biais du nerf optique.

Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, des dépôts de plaques amyloïdes ont été détectés dans la rétine des patients situés des stades avancés de la maladie. Cependant, peu d’études se sont penchées sur l’imagerie rétinienne comme potentiel outil de détection de la maladie chez des patients ne présentant pas encore de symptômes.

Pour tester la faisabilité d’une détection de la maladie d’Alzheimer chez des cas asymptomatiques, une équipe de recherche de l’école de médecine de l’Université de San Diego en Californie, a comparé des tests rétiniens et cérébraux d’individus asymptomatiques mais présentant, soit un fort, soit un faible taux d’amyloïde lors d’un scanner cérébral (PET-scan) utilisé habituellement dans le diagnostic de la maladie d’Alzheimer. Les résultats ont été présentés en août 2021.

Les deux cohortes d’individus proviennent d’essais cliniques menés en parallèle s’interrogeant sur l’efficacité d’une intervention anti-amyloïde pour la première (essai A4), ou sur la caractérisation préclinique de la maladie d’Alzheimer en comparaison avec le vieillissement normal pour la seconde (essai LEARN). À l’aide de ces huit volontaires, quatre issus de chaque cohorte, les chercheurs ont pu mettre en évidence la présence de « points » dans la rétine positivement corrélée à un taux élevé d’amyloïde dans le cerveau. Cela signifie que plus il y a de « points » observés dans la rétine, plus le taux d’amyloïde dans le cerveau est important, et ce, chez des individus volontaires asymptomatiques.

Pour mesurer cela, les chercheurs ont utilisé un réactif naturel, la curcumine, qui se lie à l’amyloïde et lui permet d’augmenter sa fluorescence, visible grâce à la tomographie en cohérence optique (TCO) qui permet d’utiliser une onde lumineuse pour capturer des images précises de la rétine. Bien que précoce, avec seulement huit volontaires, cette étude pilote présente une faisabilité attrayante pour une technique non invasive et moins coûteuse que l’imagerie habituellement utilisée dans la maladie d’Alzheimer. Si cette technique est validée par des essais cliniques plus conséquents, elle pourrait constituer un outil de diagnostic permettant d’évaluer le début et la diffusion de la maladie d’Alzheimer en tant que biomarqueur chez des individus ne présentant pas encore de signes de la maladie.

 

Référence : Jennifer Ngolab, Michael Donohue, Alison Belsha, Jennifer Salazar, Paula Cohen, Sandhya Jaiswal, Veasna Tan, Devon Gessert, Shaina Korouri, Neelum T. Aggarwal, Jessica Alber, Ken Johnson, Gregory Jicha, Christopher Dyck, James Lah, Stephen Salloway, Reisa A. Sperling, Paul S. Aisen, Michael S. Rafii, Robert A. Rissman. Feasibility study for detection of retinal amyloid in clinical trials: The AntiAmyloid Treatment in Asymptomatic Alzheimer’s Disease (A4) trialAlzheimer’s & Dementia: Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring, 2021; 13 (1) DOI: 10.1002/dad2.12199

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