11 juin 2018
Tisser des liens grâce à l’activité physique adaptée

Le 5 juin, une trentaine d’adhérents de France Alzheimer Deux-Sèvres s’est donné rendez-vous pour une journée placée sous le signe de la convivialité. Après la visite d’une laiterie le matin, place l’après-midi à l’activité physique adaptée pour le groupe encadré par Jacques Poussard et les bénévoles de l’association. Une belle parenthèse pour les personnes concernées par la maladie. Crédit photos Olivia Fryszowski

Nous sommes en 2015.Jacques Poussard, artisan de profession, est cloué dans un fauteuil roulant. Les médecins ne lui donnent aucune chance de remarcher un jour. « A cette époque, je suis tombé sur un article qui évoquait la maladie d’Alzheimer. Un neurologue expliquait à quel point la marche était bénéfique pour les personnes atteintes de cette maladie. Je me suis alors promis d’aller marcher avec elles dès que je le pourrais ».Son opération réussie, il se rapproche alors de l’association France Alzheimer Deux-Sèvres. Depuis un an et demi, il a réussi à fidéliser un petit groupe qui se réunit désormais une fois par mois pour des après-midi consacrés à l’activité physique adaptée. « Je prépare un petit circuit en essayant à chaque fois de choisir un thème, précise Jacques Poussard. Sur le parcours, je m’arrête fréquemment pour parler de la botanique ou d’un monument historique. Certains membres du groupe ne parlaient plus, ne marchaient plus. Aujourd’hui, soutenus et écoutés, ils arrivent à faire 2 ou 3 kilomètres sans presque s’en rendre compte ».

Faire resurgir les souvenirs d’enfance

Une trentaine de personnes environ est présente à chaque fois pour suivre Jacques Poussard et son équipe sur les chemins de la région niortaise. Ce mardi 5 juin, tous ou presque sont au rendez-vous pour la dernière balade avant l’interruption estivale. Jamais à court d’idées, il leur a réservé une petite surprise : la visite de la laiterie de Pamplie, réputée pour fabriquer l’un des meilleurs beurres du pays.  Une fois équipé des blouses, surchaussures et autres charlottes, le groupe découvre avec intérêt le processus de fabrication du beurre, observant avec plaisir la crème de lait s’écouler dans les tanks de maturation. Les visiteurs du jour n’hésitent pas à interroger Daniel Arlot, le directeur de la laiterie mais aussi les salariés. « J’avais envie de croquer dans le beurre, s’exclame une participante au terme de la visite, ça m’a rappelé l’époque où ma grand-mère le faisait elle-même ». A travers ces visites et ces balades, les bénévoles essaient aussi de faire resurgir les souvenirs des personnes malades et de leurs aidants. Une photo de groupe pour immortaliser l’instant et les voilà tournés vers le deuxième temps fort de la journée : le pique-nique.

Concentration de rigueur pour écouter les explications du directeur de la laiterie, Didier Arlot.

Aider les familles à créer du lien entre elles

Au bord d’un étang entouré de verdure, tout le monde se mélange pour partager un repas à « la bonne franquette ». « C’est très important pour les personnes concernées par la maladie de passer ces moments en extérieur, insiste Jacques Poussard. En plus de leur être utile, cette action permet d’attirer de nouveaux bénévoles. Plusieurs couples ont rejoint l’association par cette activité. » Comme le précise également Dominique, bénévole de l’association, ces instants « aident aussi les familles à créer du lien entre elles ». Un instant privilégié pour évoquer son quotidien ou au contraire s’aérer l’esprit et penser à autre chose qu’à la maladie. Avant le départ pour l’activité physique adaptée, Gisèle Llobel, présidente de FA 79, adresse quelques mots à tous et annonce l’évènement de la rentrée, le tour des Deux-Sèvres, prévu en septembre pour visiter les communes du département et sensibiliser à la maladie. « C’est bien que les familles se sentent épaulées. Aujourd’hui, il n’y a pas de différence entre nous, nous sommes tous ensemble et il faut que cela continue. »

Place au pique-nique sous les applaudissements de la présidente départementale, Gisèle Llobet (assise au centre) et de Jacques Poussard (debout à droite)

« Tout le monde se mélange »

« On va faire 22 kilomètres ! annonce Jacques Poussard en riant. Laissant la salle des fêtes derrière lui, le groupe s’élance pour une visite du village de Pamplie. « Il n’est pas question ici de performance sportive, rassure-t-il. Je m’adapte à leurs capacités et si certains commencent à être fatigués, on rebrousse chemin ». Pendant 2 heures environ, personnes malades et aidants flânent dans la bonne humeur. Chacun avance à son rythme et Jacques Poussard stimule sans cesse la curiosité des participants. « Alors combien y a-t-il d’habitants à Pamplie ? 273, bonne réponse ! C’est le monsieur en bleu au fond qui gagne ! ». Questions sur le patrimoine, la nature, l’histoire… c’est toujours avec humour qu’il interroge les membres du groupe, comme à l’intérieur de l’église. « Si certains en ressentent le besoin, le confessionnal est ici », adresse-t-il au groupe amusé.« Depuis que ma mère réside en établissement, je recherche ces moments de convivialité, déclare une aidante. Les personnes malades ne sont plus à la charge des aidants pendant cette journée, tout le monde se mélange, on ne sait plus qui est qui ». Après deux kilomètres de promenade, le groupe rentre enfin à la salle des fêtes pour partager un goûter bien mérité.

Dans les rues du village de Pamplie, le groupe aura parcouru un peu plus de 2 km !

Concert improvisé

Difficile de se séparer après une journée si agréable. Alors Robert, aidant impliqué dans la chorale de l’association départementale,  commence à chanter d’une voix juste et assurée. Robert et sa femme Paulette étaient artistes de cirque, lui clown, elle trapéziste. Une vie passée à enchaîner les représentations aux quatre coins du pays. Aujourd’hui Paulette est atteinte de la maladie mais continue de regarder son époux sur scène avec des yeux emplis d’amour. Un mini-concert s’improvise. Chacun se succède sur scène pour faire apprécier ses talents sous des regards bienveillants. Après un dernier refrain, il est l’heure de partir. L’émotion se perçoit dans la voix de certains, y compris dans celle de Jacques Poussard. Robert et Paulette le saluent chaleureusement et rejoignent leur voiture main dans la main. « On aura vraiment passé une bonne journée, lance une aidante en quittant les lieux. L’équipe de FA 79 en prévoit déjà d’autres. « En octobre, je prévois le même type de journée mais cette fois-ci nous visiterons une pâtisserie ».

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