22 juillet 2022
En Ehpad, des initiatives pour respecter la vie intime

L’association Grey Pride a lancé un label à destination des Ehpad pour les sensibiliser à la diversité et à la prise en compte des besoins affectifs et sexuels des personnes âgées, ainsi que de leur orientation sexuelle.

Les Ehpad sont dotés d’une charte des droits et libertés de la personne accueillie. Un exemplaire est remis à tous les résidents à leur entrée en établissement. Le personnel de l’établissement doit respecter cette charte, et donc l’intimité et la dignité des pensionnaires. Il doit par exemple frapper systématiquement à la porte de la chambre d’un résident avant d’entrer.

Des établissements vont au-delà de cette charte et prennent également des initiatives. La Résidence du parc de Nesle, dans la Somme, a par exemple décidé d’aménager douze chambres spacieuses de 25 m2 avec des lits doubles dans la construction d’un nouveau bâtiment. Des couples pourront s’y installer.

Les idées peuvent également venir de l’extérieur. L’association GreyPride propose par exemple de former les professionnels de santé à la diversité et à la prise en compte des besoins affectifs et sexuels des personnes âgées, ainsi que de leur orientation sexuelle.

«Les personnes âgées font l’expérience de l’invisibilité très tôt, avec un corps non-désirable selon la société », explique en préambule Francis Carrier, président de GreyPride. «Ça vient du fait que dans notre société, la sexualité appartient aux jeunes et aux beaux. Elle a été accaparée par deux secteurs : le marketing qui nous vend des produits en nous présentant des corps parfaits, et la pornographie qui nous montre des exercices de gymnastique mais ne représente pas notre sexualité. L’image que la société a de la sexualité et des besoins affectifs commence ainsi à être négative et à se dégrader dès que l’on devient un objet de soins. La sexualité devient alors un ensemble de comportements soi-disant inappropriés ou qualifiés de manière négative. »

Pour Francis Carrier, les personnes âgées sont en quelque sorte «dé-sexualisées ». Conséquence: «De nombreuses personnes âgées elles-mêmes vont se contraindre à cette image que leur renvoie la société. Si une femme se maquille et si elle est coquette, elle dira que c’est pour elle. Elle n’osera plus exprimer son souhait de plaire. Et dans les Ehpad, on ne se préoccupe plus de l’histoire des personnes âgées, de leurs désirs, de leur orientation sexuelle, que ces personnes soient LGBT+ ou pas d’ailleurs. »

Le président de GreyPride glisse au passage une remarque sur les personnes atteintes d’une maladie neuro-évolutive en particulier. «La mémoire émotionnelle est la mieux préservée et donc, en ne prenant pas en compte leurs désirs, on ampute la partie qui pourrait encore s’exprimer et apporter un certain plaisir à ces personnes. »

Tous les professionnels du secteur du grand âge sont concernées par ces questions. «N’importe quel travailleur a été confronté à l’expression du désir d’une personne qu’elle accompagne. Mais aujourd’hui, le personnel doit se débrouiller. Le tabou est tel et les représentations négatives sont telles que le sujet n’est même pas abordé. Comme c’est considéré comme anormal, encombrant et/ ou gênant, la stratégie est souvent d’ignorer. »

C’est pourquoi l’association présidée par Francis Carrier propose le label GreyPride bienvenue aux Ehpad. Un label obtenu grâce à une formation suivie par le personnel. «En fait, il faudrait que ce soit inscrit dans les cursus, dans les modules de formation initiale et continue des professionnels de santé. Il s’agit de restaurer l’individu dans sa globalité et sa complexité. La sexualité est une de ces composantes. Elle fait partie de l’identité. Ce n’est pas anecdotique quand même. »

Pour le Cercle Vulnérabilités et Société, l’avancée en âge des personnes LGBT+ reste un impensé social, un sujet ignoré par la société. En juillet 2021, il a formulé 32 propositions visant à aider les établissements et services à prendre résolument en compte la vie affective, intime et sexuelle en se souciant du parcours de vie et de la singularité de chacun. Ce travail a été co-construit avec des associations, dont France Alzheimer.

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