7 août 2018
Baluchonnage – relayage : jusqu’où va la ressemblance ?

Inspiré du baluchonnage québécois, le modèle français du relayage, malgré des expérimentations prometteuses, doit encore gagner en notoriété.

1999, Marie Gendron : une année, une personne pour mieux comprendre la genèse du baluchonnage. C’est, en effet, à cette date que l’infirmière québécoise, docteur en gérontologie à l’université de Liège, théorise le concept du baluchonnage. Pour remonter aux sources de ce dispositif innovant de répit destiné aux proches aidants de personnes malades d’Alzheimer, il faut donc traverser l’Atlantique et poser ses valises au Canada. Sur place, le baluchonnage, développé par une structure baptisée Baluchon Alzheimer Québec, repose sur un principe : la possibilité donnée à l’aidant de prendre quelques jours de répit – de 4 à 14 jours maximum – hors du domicile familial. L’aidant étant relayé par un baluchonneur unique, présent 24h/24 au côté de la personne malade. Rapidement, les bénéfices de ce dispositif se font sentir. A commencer par la présence du baluchonneur formé à l’accompagnement spécifique de personnes atteintes de troubles cognitifs. Une présence au domicile qui évite d’avoir recours à l’hébergement temporaire, souvent préjudiciable au bien-être de la personne malade. Autre avantage : la tenue quotidienne d’un « journal d’accompagnement » par le baluchonneur tout comme les temps d’échanges privilégiés avec l’aidant, avant mais aussi et surtout après la prestation. De quoi assurer la qualité à long terme de cette intervention puisque le baluchonneur partage avec l’aidant son expérience, ses conseils, ses préconisations afin d’optimiser l’accompagnement de la personne malade

En France, des expérimentations innovantes

Retour en France… Dans l’Hexagone, la loi pour un État au service d’une société de confiance (loi ASV) a été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale le 31 juillet. Elle prévoit notamment l’expérimentation de baluchonnage pendant trois ans. Il est donc désormais possible de déroger au droit du travail pour permettre à un seul et même intervenant de rester plusieurs jours à au domicile d’une personne âgée dépendante. Mais certains n’ont pas attendu que la loi évolue pour lancer des expérimentations innovantes de « relayage », inspirées du modèle québécois, et ce, depuis plus de 10 ans. C’est le cas de la plateforme Parenthèse à domicile qui, depuis 2007, propose un service de relais à domicile pendant une durée variable de 3 et 7 jours consécutifs. Pour offrir ce service continu, Parenthèse à domicile mobilise, pour toute prestation de plus de trois jours, plusieurs professionnels. Pas vraiment une solution optimale pour certains relayeurs qui dénoncent une forme de « maltraitance ». En France, le principe du relayage reste encore perfectible. Une chose est sûre : le défi est de taille et l’enjeu essentiel quand on sait que près de 10 millions d’aidants ne peuvent plus soutenir seuls leur proche malade, sans consentir de lourds sacrifices.

Ils expérimentent le relayage

En milieu rural, difficile pour les aidants de trouver des solutions pour s’offrir du répit. C’est pour répondre à ce besoin que l’association Bulle d’Air, en partenariat avec la MSA Alpes du Nord, propose depuis 6 ans un service dit de relayage.  « Les relayeurs ne peuvent pas rester plus de 48 heures au domicile de la personne malade, mais de toute façon, la plupart des demandes n’excède pas cette durée, précise Elsa Bonfils, responsable de l’association. Ce qui freine le développement du relayage, ce n’est pas tant la limitation du temps de présence du relayeur que les complications administratives et l’accès financier pour les familles ».

250 relayeurs mobilisés

210 familles ont été accompagnées par l’association Bulle d’Air en 2017. Au total, 48 000 heures de relayage ont été accomplies par les 250 relayeurs que Bulle d’Air peut mobiliser selon les demandes. Majoritairement féminine, l’équipe de relayeurs s’appuie notamment sur 20 % de retraités, essentiellement issus du secteur médico-social mais aussi sur d’anciens aidants, souvent animés par le désir d’arrondir leurs fins de mois. Les relayeurs signent un contrat d’auxiliaire de vie, ils ne sont pas amenés à pratiquer d’actes de soin. Peu d’entre eux sont à temps complet et certains exercent une autre activité en parallèle. Quant au coût financier pour les aidants souhaitant faire appel à un relayeur, il dépend considérablement du soutien des conseils départementaux. « Les départements ruraux sont plus réceptifs, confirme Elsa Bonfils, En moyenne, une journée coûte 16 euros pour ceux qui ne bénéficient d’aucune aide. » Depuis quelques mois, l’association Bulle d’Air propose le relayage dans huit autres régions françaises.

 

 

En cliquant ici, retrouvez l’interview de Guylaine Martin, directrice de la Fondation Baluchon Alzheimer au Québec.