21 mars 2019
Accueils de jour : des freins à lever

En lisière du bois de Vincennes, l’accueil de jour de la Dame Blanche reçoit du lundi au vendredi des personnes âgées en perte d’autonomie. Si la structure est plébiscitée par les familles qui y ont recours, l’équipe encadrante a tout de même un regret : les accueils de jour ne sont pas assez connus, en particulier des médecins généralistes.

A 14 heures, c’est l’heure de faire du sport pour les résidents de l’accueil de jour de la Dame Blanche, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). Clément Mourgues, professeur d’activité physique adaptée aide Lucienne* à réaliser le parcours santé qu’il a mis en place quelques minutes plus tôt. « Reprenez votre souffle ! », adresse-t-il à Michel*, qui lui a presque terminé l’exercice. Stimuler les résidents, qui souffrent pour l’immense majorité de troubles neurocognitifs, c’est la mission première de l’accueil de jour et des professionnels qui encadrent la structure. Psychologue, Stéphanie Chaves intervient à la Dame Blanche et dans cinq autres accueils de jour du département. « Ici, les personnes arrivent généralement à 8h45, pour boire un café et bien démarrer la journée.  Ensuite, les activités commencent à partir de 10h. Nous mettons en place des « animations flash », ce sont des exercices longs de 5 à 20 minutes seulement et qui permettent de travailler sur la concentration, la mémoire et le langage.» Contrairement à un Ehpad, l’accueil de jour n’est pas médicalisé, il aide les personnes malades à maintenir leurs capacités cognitives et à rester autonomes afin qu’elles restent le plus longtemps possible à leur domicile. Lors de la pause déjeuner par exemple, les résidents peuvent être acteurs et aider l’équipe à préparer les tables et les couverts.

Resocialiser les personnes isolées

Pour avoir accès à un accueil de jour, l’officialisation du diagnostic n’est pas obligatoire. C’est la psychologue et l’aide-soignante spécialisée en gérontologie qui rencontrent les familles demandeuses et évaluent les dossiers. « Il y a toujours une visite de pré-admission, précise Stéphanie Chaves. Nous rencontrons la famille, nous  posons des questions pour connaître la personnalité de leur proche, nous évaluons sa mémoire… tout cela dans le but de proposer les journées les plus adaptées à sa personnalité et à ses besoins.» Si un temps important est consacré à la réalisation d’exercices pour faire travailler la mémoire, l’accueil de jour permet aussi de resocialiser des personnes parfois isolées et coupées du reste de la société. Pas question ici d’individualiser le suivi. Au moment du déjeuner, les résidents peuvent discuter entre eux ou commenter ensemble les dernières actualités et le journal télévisé. « Je suis toujours agréablement surprise lorsque je vois des personnes participer avec entrain aux activités ou discuter avec un plaisir visible alors qu’elles sont souvent apathiques en  temps normal, se réjouit Claudie Meissimilly, directrice adjointe.

Préparer l’entrée en établissement

Parfois perçus comme de simples « garderies » par des observateurs peu au fait de leur réalité, les accueils de jour présentent pourtant l’avantage de faciliter l’entrée en établissement. « L’accueil de jour ne mène pas obligatoirement vers l’Ehpad, tempère néanmoins Stéphanie Chaves, même si 70 à 80% de nos résidents finissent par entrer en établissement. Ce qui est certain, c’est que passer par l’accueil de jour, cela aide considérablement les personnes à réussir la transition entre la vie à domicile et celle en établissement ». A l’extérieur, un petit jardin thérapeutique a été aménagé par les habitués de l’accueil de jour. A la belle saison, des promenades sont organisées dans le bois de Vincennes tout proche. Une fois par an, des « olympiades » sont même organisées avec les résidents de l’Ehpad situé juste à côté. Néanmoins et malgré des avantages indéniables, la notoriété des accueils de jour reste encore largement insuffisante.

Des médecins généralistes peu renseignés

Quatorze personnes au maximum peuvent être accueillies chaque jour à l’accueil de jour de la Dame Blanche. Selon le niveau de GIR des demandeurs, le coût journalier varie entre 23 et 43 euros. « Il existe beaucoup moins d’aides financières pour bénéficier des accueils de jour que si l’on souhaite faire appel à une auxiliaire de vie par exemple », regrette Claudie Meissimilly. Aujourd’hui, la plupart des résidents sont présents grâce aux conseils d’un neurologue ou d’un centre mémoire. Aucun n’est venu suite à une visite chez le médecin généraliste. « Même le médecin de notre rue ne nous connaît pas ! L’enjeu est d’arriver à se faire connaitre davantage des professionnels de terrain notamment des médecins généralistes », souhaite Stéphanie Chaves. Autre frein qui pénalise les accueils de jour, la question du transport. Un problème que ne connaît pas l’accueil de jour de la Dame Blanche. Tous les matins les résidents sont amenés par la même compagnie de transports et par le même chauffeur. « Assurer le transport est indispensable, confirme Claudie Meissimilly, sans quoi les familles ne pourront permettre à leur proche de venir avec régularité ».

« Mettre en avant le positif »

Sur le mur du salon, Clément Mourgues, le professeur d’activité physique adaptée, a dessiné sur le mur les contours d’un panier de basket. Tous les participants ont réussi à terminer le parcours santé sans encombre. « L’objectif d’un accueil de jour, c’est aussi de montrer le bon côté, affirme Claudie Meissimilly. Montrer aux familles que leur proche, même malade, peut prendre du plaisir et même apprendre à faire de nouvelles choses ».

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