Directrice d’Ehpad depuis 10 ans, Nathalie Cortès reconnaît le « désenchantement » que subissent actuellement ces établissements. A la tête d’un Ehpad public près de Lyon, elle tient néanmoins à rappeler qu’il faut « regarder au cas par cas » et qu’il faut « faire comprendre aux familles » certaines réalités.

France Alzheimer : Vous dirigez l’Ehpad public Camille-Claudel à Villeurbanne (Rhône), un établissement qui accueille 48 résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée, quelle est la principale difficulté à laquelle vous êtes confrontée ?

Nathalie Cortès : Ce qui est le plus difficile aujourd’hui, c’est de satisfaire les attentes des familles. Il existe parfois un vrai décalage entre les demandes exprimées par les familles et les réels besoins de leur proche malade. Certains voudraient que les résidents soient stimulés toute la journée. Nous leur proposons bien sûr des activités mais on ne peut pas les forcer s’ils ne veulent pas y participer. Les résidents atteints de troubles cognitifs ne peuvent pas tout faire comme avant, il faut l’admettre et il faut mener un travail d’accompagnement auprès des familles car elles ont parfois du mal à l’entendre. Les équipes font tout pour assurer le bien-être des résidents mais les demandes des familles sont parfois très individuelles, incompatibles avec la vie en communauté.

FA : Ces derniers mois, plusieurs affaires et témoignages ont évoqué des dérives dans certains Ehpad. Etes-vous d’accord avec ceux qui dressent un bilan très négatif de ces établissements ?

N.C : Il existe actuellement un sentiment de désenchantement par rapport aux Ehpad, mais il faut tout de même mitiger ce bilan selon moi. Il y a de vrais contrastes selon les établissements, il ne faut pas faire d’amalgame et analyser la situation au cas par cas. Personnellement, je ne suis pas confrontée au manque de moyens dans l’établissement que je dirige. Il est vrai que le niveau de compétences peut être très variable selon les Ehpad mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que les Ehpad sont uniquement là pour gagner de l’argent sur le dos des résidents.

« Nous devons sans cesse nous remettre en question »

FA : Vous dirigez des établissements d’accueil pour personnes âgées dépendantes depuis 10 ans, quelles évolutions avez-vous observé durant cette période ?

N.C : Les contraintes financières qui nous sont imposées aujourd’hui sont beaucoup plus importantes qu’il y a 10 ans. Tous les directeurs d’Ehpad vous diront à quel point il est difficile d’établir un budget et de respecter toutes les recommandations imposées. Sans compter les attentes toujours plus fortes de la société, qui nous poussent sans cesse à nous remettre en question et à nous interroger sur nos pratiques.

FA : Quelles solutions voyez-vous pour assurer, dans les années à venir, une meilleure prise en soin des personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer ou une pathologie apparentée ? Faut-il construire de nouveaux établissements ?

N.C : Avant de faire sortir de terre de nouveaux Ehpad, il faudrait déjà optimiser les moyens existants et doter les établissements en place des moyens et du personnel dont ils ont besoin. Si on construisait de nouveaux Ehpad, je ne suis pas sûre que l’on pourrait les faire fonctionner correctement au vu des ressources dont on dispose aujourd’hui. Pour l’avenir, il faut trouver des solutions alternatives et innover. A l’image du projet Village Alzheimer dans les Landes, il faut sortir des sentiers battus, trouver des solutions qui permettront de diminuer les coûts tout en remplissant les attentes.

Cliquez ici pour retrouver l’émission 5 minutes pour comprendre sur les propositions de France Alzheimer pour sortir de la crise des Ehpad, avec comme invité Joël Jaouen, président de l’Association.